Le Boycott comme signe d’une société bloquée

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BOYCOTT

L’expression «La société bloquée » est d’origine française ou, du moins, elle est rendue célèbre pour avoir été le titre d’un recueil publié en 1970 mais dont la plupart des réflexions ont été rédigées par le sociologue Michel Crozier, entre 1966 et 1968. Dans ce livre, le sociologue français avait décrit avec précision un malaise social et existentiel arrivé à son paroxysme. N’étant ni prophète ni instigateur, Michel Crozier avait vu venir la révolution de mai 68, en analysant le blocage de la société française d’alors et en décortiquant les signes du ras-le-bol  des jeunes et des ouvriers français de l’époque. La suite, tout le monde la connait.

Par contre, ce qu’on ne connait pas pour l’instant et ce, dont on ignore les suites et retombées futures, ce sont les développements possibles au profond malaise d’une grande partie de la société marocaine ayant appliqué le boycott. A défaut de publication de travaux académiques marocains, similaires à celui de Crozier, qui seraient capables de passer au peigne fin toutes les causes de notre malaise social qui dure depuis quelques années, ce phénomène de boycott ne cesse de faire l’actualité, sans qu’on arrive à en dévoiler tous les secrets. Face aux vaines tentatives de l’exécutif de mettre fin à ce nouveau modèle de protestation sociale, les médias nationaux se contentent de rapporter le cri des uns et l’indignation des autres. Mises à par les deux enquêtes[1] effectuées pour élucider les raisons de la contestation populaire civile, la principale source d’information reste les réseaux sociaux. Facebook est désormais le terrain de bataille entre, d’un côté, les boycotteurs et de l’autre les boycottés. Pour l’instant, le boycott de trois produits de consommation est un fait et son écho dépasse les frontières nationales.  Le boycott touche trois produits de consommation nationaux, qu’on juge trop chers et qu’on refuse de consommer. les boycotteurs avancent des arguments de toutes sortes et les partagent sur les réseaux sociaux sous des formes diverses ; appel au boycott, caricatures, humour noir, anecdotes, bandes dessinées, saynètes, chansonnettes, montages, cartoons, … etc. On a même vu des Marocains de l’étranger partager des messages et des vidéos de solidarité avec leur compatriotes de l’intérieur et où ils insistent sur le décalage entre les prix appliqués aux mêmes produits tels qu’ils sont commercialisés chez nous et ailleurs. Quant à eux, les boycottés, pris au dépourvu dès le premier jour des contestations,  contre-attaquent par des insultes, des démentis et des menaces. Ils vont jusqu’à mobiliser des élus, des sportifs et des artistes en espérant pouvoir casser l’élan de solidarité des boycottants et mettre fin à la contestation. Tout cela est aujourd’hui bien connu de tous. Ce que je voudrais soulever, cependant, à travers ce texte, dont l’idée est bien antérieure au boycott de quelques mois, c’est d’attirer l’attention sur le fait qu’on ne se rend pas compte qu’on est en train de diviser les Marocains. En l’absence d’un débat sérieux, réunissant des sociologues, politologues et des économistes, autour des préoccupations des citoyens, Ô combien nombreuses et délicates amis justifiées et légitimes, la tension sociale va bon train.

Cette tension sociale douce risque de dégénérer en une véritable violence sociale. Car les prémices d’une catastrophe de cette nature sont bien réelles ; contestations et revendications à la chaine, occupations de lieux publics, boycott, hashtags de mobilisation et autres publication de vidéos et d’images traduisant le mépris et le dégoût des marocains de l’intérieur comme ceux de l’étranger, … etc. Tout cela ne doit pas laisser indifférents les gouvernants de ce pays. Toutes les catégories d’âge, de sexe et de niveau d’instruction  sont représentées par cette vague de protestation sociale. Si les jeunes sont les plus actifs sur facebook, youtube, Whatsapp ou autres, cela n’exclue pas la forte implication d’autres franges de la société tels que les professionnels de la communication, les enseignants, les étudiants, les ouvriers, les chômeurs, qui, tous ont quelque chose à revendiquer et un message à faire passer. Toutes les formes de productions satiriques ont été essayées : anecdotes, caricatures, blagues, montages, bandes dessinées, cartoons, chansons, chorales, et bien d’autres manifestations porteuses d’un signal d’alarme sérieux.

Du côté des responsables, on brandit les menaces, on démentit, on attend, on insulte, on fuit en avant. Laxiste et calculateur, le gouvernement marocain, n’a jamais été aussi fragile et impuissant. Face au boycott, les partis politiques et l’exécutif sont divisés. Au parlement, lieu où cette querelle inutile est la plus manifeste,  les élus du peuple se trahissent par des discours et propositions très impopulaires. Il a suffit à un député de décrier l’attentisme du gouvernement pour que le ministre porte-parole de celui-ci brandisse une menace tout aussi bien déplacée. Car si l’attentisme et le silence du gouvernement aggrave davantage la déception du peuple, les insultes et les menaces ne feront que galvaniser les contestations.

Les partis politiques, eux, se moquent de l’intelligence de ceux qui les ont élus (les ont-ils jamais respectés ?). Prudents et attentistes, ils souhaitent sauver la face par un miracle. Ils savent qu’ils n’ont aucune légitimité auprès de leurs électeurs. Quant aux parlementaires ils osent insulter le peuple, parce que ce dernier a osé agir intelligemment, par des voix tout à fait légitimes et qu’aucune loi n’interdit. Les syndicats, ces entités qui ne représentent plus qu’elles-mêmes,  ont avalé leur langue et montré patte blanche. Les médias, enfin, ceux de l’information, – à l’exception d’une radio et un ou deux journaux, -sont complètement à côté, incapables de jouer  leur rôle de médiateurs (l’ont-il jamais joué ?) entre les gouvernants et les gouvernés. Nos journalistes n’ont pas le temps; on les voit courir derrière la carte professionnelle, les invitations, les cadeaux, les promotions, …

Le peuple est donc seul, face à son destin. Alors il déplace le débat qui le concerne sur l’espace public et choisit de faire usage d’une nouvelle arme de protestation, le boycott, Pour ce faire, il mobilise les nouvelles technologies de la communication disponibles. Mais la question est de savoir si ce boycott va se limiter aux trois produits connus. Il est ridicule de vouloir penser l’affirmative. Car déjà des appels au boycott de nouveaux produits[2] sont lancés. A mon humble avis, le boycott n’est qu’un signe parmi d’autre du ras-le-bol des Marocains. Lasse d’attendre de voir s’appliquer les grands choix et décisions politiques avancés par les gouvernements consécutifs, la société marocaine riposte par un boycott. Or celui-ci n’est qu’une figure, parmi d’autres, dune contestation sociale qui risque de ne pas garder sa douceur. 

Nous sommes désormais une société bloquée. Et, en tant que telle, elle a besoin d’apaisement. C’est une urgence qui n’est ni facile ni impossible à réaliser. La société marocaine est en proie à un malaise social complexe, sans précédent. Chez nous, la souffrance dépasse tous les niveaux qu’on puisse imaginer. On ne revendique pas une liberté absolue ni une abolition des pouvoirs légitimes ni une remise en cause des stratégies.  On revendique la dignité. Le malaise social, chez nous est silencieux mais bien plus profond. Il est de ce fait dangereusement et potentiellement inquiétant. Les individus comme les groupes, au Maroc, sont attrapés par une angoisse insupportable. On revendique justice, égalité des chances, droit au travail, droit au respect, droit à des services publics décents, droit à l’information, droits d’expression, droit à la dignité, …Quoi de plus légitime dans un pays qui se dit de démocratie naissante ?

Le blocage social – et non point politique comme on voulait nous le faire savoir – a besoin d’une mise en place d’un dialogue national sérieux. Il faut que les décideurs parlent au peuple. « Arrêtez d’agir ! Parlez d’abord, communiquez en premier lieu ! » Voici le cri que voudrait vous faire parvenir ce peuple brave.  Sinon à quoi sert la démocratie ? Le peuple marocain sait tout, maintenant, et il tient à le fait savoir, par sa mobilisation, ses manifestations et le boycott. C’est un peuple sage, respectueux des institutions, très attaché à ses traditions et qui a la violence en horreur. Il ne demande qu’à être écouté. Les Marocains sont un peuple ouvert, patient, intelligent et diplomate. Il sait faire la part des choses et tolères les insuffisances et impuissances des autres. Il sait donner raison à ses gouvernants et leur pardonner les erreurs car il a ambition dans le sang. C’est un peuple optimiste, qui croit toujours en un avenir meilleur. Il croit en ses valeurs transcendantales auxquelles il s’attache fortement. La religion fait de lui un sujet soumis, à DIEU et aux gouverneurs, car le peuple marocain est très croyant et apprend par cœur le verset : «  Ö vous qui croyez, obéissez à Dieu, obéissez au Prophète et à ceux d’entre vous qui détiennent l’autorité »[3]. Le Marocain rit souvent de ses maux et exprime ses malaises en riant de sa situation. Le citoyen marocain est un communiquant-né. Il préfère patienter plutôt que de se révolter, nourrir de l’espoir au lieu de sombrer dans la déprime sociale. Mais cela durera jusqu’à quand ? Ce boycott devra donner à réfléchir.

[1] La  première, effectuée par le journal indépendant Tel quel a mis la lumière sur les profits exorbitants tirés de la vente du gazoil. La seconde enquête, à contre courant, a tout dit pour discréditer le boycott contre l’eau minéral de Sidi Ali. Il s’agit de l’enquête du journal Le Desk.

[2] Il s’agit du festival de musique MAWAZINE, d’émissions télévisées, et peut-être des prochaines élections.

[3] Traduction à partir du saint Coran, par de Denise Masson du verset : « يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُوا أَطِيعُوا اللَّهَ وَأَطِيعُوا الرَّسُولَ وَأُولِي الْأَمْرِ مِنكُمْ ۖ»

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DES FESTIVALS DE FILMS SANS SALLES DE CINÉMA

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Le Maroc bat tous les records des pays ayant le plus grand nombre de festivals, toutes catégories de manifestations confondues. On est devenu une nation où chaque ville, chaque village et même chaque quartier a son/ses festival(s). S’agissant des festivals de cinéma, le Maroc est aussi le pays des grandes contradictions; chez nous on fête le 7ème art alors que les salles de cinéma ferment, les unes après les autres.

A l’instar des autres régions du Maroc, la région Souss-Massa, a ses propres festivals de cinéma et ce ne sont pas des moindres. Nous y dénombrons au moins HUIT ; le Festival International du Court-Métrage de Tiznit (Tiznit), le cinéma et l’émigration (Agadir), le Festival International du film Amazigh (Isni n ourgh-Agadir), le festival international du film  documenatire (Agadir), la Rencontre Souss internationale pour le court-métrage (Ait Melloul), le festival Founty du court métrage éducatif (Agadir), le festival du cinéma de la jeunesse (Tikiouine, Agadir), et le festival du cinéma et l’histoire(Taroudant)

Ce sont là autant de rencontres et de rendez-vous pour fêter le cinéma mais, chose paradoxale, toutes ces fêtes ont lieu ailleurs que dans de vraies salles de cinéma. Pour rappel, aucune des villes citées ne dispose d’une salle de cinéma digne de ce nom. Toutes les projections de films se font et ont lieux dans des locaux polyvalents appartenant soit à la municipalité, soit à la maison de culture, soit à un institut de formation quelconque. En somme, le cinéma se fête dans des salles qu’on loue pour la circonstance. Il arrive parfois aux organisateurs de projeter les films participants sur des écrans portatifs disposés carrément sur les plages ou à même les murs des immeubles dans les rues et quartiers de la ville.

Ce phénomène maintenant habituel, semble ne pas trop inquiéter les  autorités de tutelle ni même les  organisateurs de ces fêtes qui, dans leur discours de cérémonies d’ouverture de leurs festivals, osent à peine exprimer un petit regret de ne pouvoir trouver de vraies salles de projection. Cette contradiction flagrante rend, en revanche, tristes et perplexes les acteurs et réalisateurs internationaux qui participent à nos festivals et crée chez eux un sentiment d’incompréhension et de déception. Je me rappelle que lors de l’ouverture de la deuxième édition du festival du court métrage de Tiznit (Février, 2013), Claire SIMON, la réalisatrice française et présidente d’honneur de l’édition, s’est dite désolée d’avoir « appris avec beaucoup de tristesse qu’il n’y avait plus de cinéma à Tiznit et qu’il n’y en avait pas non plus à Agadir.» Claire SIMON aurait été plus triste si elle avait appris que ce phénomène de fermeture des salles de cinéma n’est pas exceptionnel ni spécifique à la région d’Agadir. En effet, d’autres villes marocaines connaissent le même sort. Les salles de cinéma ferment l’une après l’autre. Par exemple Fès qui en avait jusqu’à récemment dix-huit, aujourd’hui elle en a plus que trois. C’est plus ou moins le même cas pour beaucoup d’autres villes du royaume. Cependant, à Agadir, la situation est plus alarmante ;  la ville  qui n’avait que trois salles de cinéma n’en a gardé qu’une seule, Rialto. Les deux autres, le cinéma Sahara à TALBORJT et le cinéma SALAM aux abattoirs ne sont  plus que des vestiges d’une époque glorieuse. Par contre, le cinéma Rialto, situé au centre ville près du marché central, reste fermé au public durant toute l’année, n’est rouvert que par occasion, lors de manifestations de ce genre. Pour une question de nostalgie ou pour sauver la face devant les exigences de certains cinéastes qui demandent à ce que leurs films soient projetés dans de « bonnes » conditions, on fait alors tourner la bobine pour certains festivals de films mais pas pour tous, malheureusement.

La question des fermetures successive des ces salles de cinéma doit être posée à plus d’un niveau. Nous interpellons ici tout particulièrement, les ministères de tutelle, les instituts culturels, les réalisateurs, le CCM, les sponsors, l’université, les propriétaires de salles de cinéma et les élus locaux. Tous sont concernés par la culture et par le cinéma en particulier. Aucun souci matériel, ni aucun prétexte organisationnel, quels qu’ils soient, ne doivent l’emporter devant la nécessité de promouvoir le cinéma dans nos régions et d’œuvrer sérieusement à la mise en place d’une vraie culture du septième art. Les organisateurs de festivals de films doivent faire un effort dans le sens de consacrer une partie des subventions à la sauvegarde et la réhabilitation des salles de cinéma et de les ouvrir au grand public, à longueur d’année et non pas seulement à l’occasion des festivals. Le cinéma, depuis sa naissance, avec les Frères Lumières, vers la fin du 19è siècle, avait pour ambition à la fois d’éclairer et de divertir les gens. Depuis, il est devenu un besoin et un rituel hebdomadaires pour des millions de gens à travers le monde. Les gens de ma génération ont connu le cinéma et celui-ci leur a appris énormément de chose autant que la radio et la télévision de l’époque.

Le cinéma au Maroc est un autre exemple des multiples paradoxes de notre pays. En effet, au moment où la production cinématographique nationale prend le pas sur celle de pays de tradition cinématographique, comme l’Egypte, la Syrie, … on constate que le public ne profite pas de cet élan artistique. Devant cette réalité amer, où les Festivals sont la preuve d’une culture de cinéma occasionnel, on peut dès lors, se poser la question suivante : Quel est le but derrière l’organisation, une fois par an,  d’un festival de cinéma quand le citoyen, cinéphile ou pas, ne peut lui-même choisir et regarder, sur le grand écran et dans le noir d’une vraie salle de cinéma, un bon film, pour éviter, ne serait-ce qu’une fois par semaine, une avalanche de programmes télévisuels imposés par des chaines de télévisions locales et satellitaires médiocres?

 

ÇA NE PEUT ÊTRE QU’UN FAUX-ENCHANTEUR.

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     Quand tu veux écrire le papier le plus facile, qui vient à toi sans effort, quand tu veux juste écrire pour écrire, tu te dis entre deux hésitations :   » Ces Marocains-là! »

      Dans sa rubrique intitulée ‘’Entre amis’’ un journal en ligne, – dont le nom vous donne le vertige tellement il tourne en rond,- a publié récemment une chronique qui commençait ainsi : « Quand tu veux la réponse la plus facile, qui vient à toi sans effort, quand tu veux juste retourner à ton sommeil, tu dis entre deux bâillements: c’est Israël. »

     L’auteur de la chronique abordait ainsi la nouvelle des attentats de Sinaî en Egypte, lesquels ont fait – nous le savons tous maintenant,- plus de 300 morts dont beaucoup d’enfants. Ce carnage, l’un des plus horribles n’a pas laissé indifférents les Marocains, toutes catégories sociales confondues.  Cependant, en lisant avec attention la chronique, on s’aperçoit, dès le départ, que le chroniqueur ne se prête guère à une quelconque analyse de cette catastrophe qui n’est pas qu’humanitaire, mais aussi diplomatique et ethnique. En effet, le journaliste commence par nous tutoyer comme si nous étions ses amis, avant de nous taxer de paresseux, de dormeurs et de gens aux jugements faciles, chose que les lecteurs n’apprécieront point de la part de quelqu’un qui est appelé, de par son statut, à être plus sérieux en écrivant sur un drame pareil. Puis, il nous raconta une histoire assez mal scénarisée d’ailleurs, dans le but de nous dire ce qu’il pense de ce que disent certains de ses compatriotes. Voici le résumé de son récit : la scène se passe chez un coiffeur où le journaliste attendait son tour. On évoque les attentats de Sinaï. Le coiffeur qui savait qu’il y avait chez lui un professionnel de l’information provoqua une discussion : «Tout de même, vous les journalistes, les intellectuels, vous qui lisez et voyagez, vous qui écrivez, qui réfléchissez, vous ne savez rien?». La question du coiffeur était claire. Elle interpellait l’avis du  journaliste sur le carnage de Sinaï, une sollicitation adressée à un journaliste chez qui on attendrait de trouver les premiers éléments d’analyse, tellement il a l’habitude d’observer, de commenter et d’analyser les faits. Mais la réponse, assez argumentée de surcroît, ne vint pas du journaliste mais d’un autre client, un vieux, présent lui aussi dans la boutique du coiffeur. Pour ce vieux, nous rapporte le chroniqueur, il ne fallait pas chercher loin, c’était Israël l’auteur de l’attentat :«Mais ouvrez les yeux, tous les morts sont musulmans, donc ça ne peut être qu’Israël. C’est une évidence!», se pressa-t-il d’affirmer. Fin du résumé de l’histoire.

       Ainsi pris au dépourvu devant une telle conviction, le journaliste resta sans âme, incapable d’opposer le moindre argument à ses interlocuteurs. Car, à défaut de pouvoir discuter sérieusement avec son coiffeur et son autre client, notre chroniqueur se mit dans sa tête de rentrer chez lui, après s’être bien fait raser le visage, et de rédiger une chronique, un gagne-pain quotidien sans doute, où il ne se priverait pas de dénigrer d’abord, le coiffeur et son client (le vieux)  et, à travers ces derniers tous « ses amis » les lecteurs marocains.  Alors le chroniqueur, – devenu brusquement le maître d’école et nous, les lecteurs, les petits écoliers ignorants et naïfs – laissa tomber son récit pour se prêter au jeu du donneur de leçons.

        Pour ce journaliste, qui apparemment venait d’apprendre la nouvelle des attentats de Sinaï chez le coiffeur, le point de vue du client, le vieux, était une pure idiotie, la preuve de notre animosité éternelle à l’encontre d’Israël, une très grave attitude propre aux Marocains. Avec la manière dont il a traité les propos de son interlocuteur, le chroniqueur a fait montre d’une légèreté grave et surtout d’un manque de respect à l’égard de ses lecteurs. En plus de son attitude accusatrice, notre chroniqueur ne s’est pas contenté de dénigrer, loin de là, il s’est établi en tant qu’avocat du diable, oubliant qu’Israël est le dernier pays qu’on puisse défendre vu le nombre de ses exactions et ses de crimes. Mettant de côté les règles et les méthodes de travail d’un journaliste, et refusant le point de vue d’un citoyen, qui plus est, a fait preuve d’une observation intelligente des faits relatifs au massacre de Sinaï, le chroniqueur a porté atteinte à sa profession, d’un côté, et a commis, de l’autre, l’erreur d’ignorer la longue et lourde histoire des conflits relatifs à cette  région du monde.

     En écrivant ce texte, mon but n’était pas de poursuivre une discussion inachevée. Je voulais juste partager mon inquiétude et ma surprise à l’égard d’une attitude pour le moins bizarre, de la part d’un chroniqueur présenté par le journal pour lequel il travaille, comme étant un journaliste « qui a un regard aiguisé sur le monde, … une griffe unique. » J’ajouterais, au passage, que certains commentaires postés par des lecteurs dudit journal, étaient plus sérieux que la chronique elle-même.

Abdallah CHAKROUN nous a quittés

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Le 16 novembre 2017 restera une date triste pour le monde du théâtre et le secteur des médias nationaux et internationaux. La grande famille des artistes marocains et arabes et à leur tête, l’épouse du défunt, l’illustre comédienne Mme Amina Rachid,  ainsi que l’ensemble des académiciens et professionnels de l’audiovisuel sont aujourd’hui en deuil. Abdallah CHAKROUN vient de nous quitter à l’âge de 91 ans en laissant derrière lui un legs intellectuel, artistique et culturel immense ; des pièces de théâtre par centaines, une soixantaine de livres[1] sur le théâtre, la radio, la télévision, les droits d’auteurs et l’histoire des villes et des personnes. Toute sa vie il l’a consacrée au théâtre et aux médias, en plus des nombreux postes de responsabilité. Fils de Salé, feu Abdallah CHAKROUN a débuté sa carrière à Radio Maroc, juste après l’obtention d’une licence en littérature auprès de la faculté française d’Alger. Il entamma son parcours exceptionnel en tant que journaliste. Sa maîtrise de la langue française l’aida à occuper respectivement les postes de traducteurs, speaker, rédacteur et rédacteur en chef au sein de ladite radio. Puis, progressivement on lui confia des responsabilités de plus en plus importantes, au sein de la radio et la télévision nationales mais aussi comme secrétaire général de  l’Union des Radiodiffusion et télévisions arabes. Abdallah CHAKROUN reste incontestablement le fonctionnaire marocain de la RTM qui a le plus occupé de postes de grande importance.

Le passage de Abdallah CHAKROUN, au sein du média national a été marqué par une activité professionnelle assez exceptionnelle, dont une grande partie fut consacrée au théâtre. Après un brillant passage au sein de ce qui pourrait être l’équivalent du département de l’information, il s’est vu confié la direction de la troupe arabe de théâtre radiophonique, créée en 1947, à la suite d’une suggestion de la part du directeur français de Radio Maroc.  Mais Abdallah CHEKROUN ne s’est pas  contenté de diriger une troupe de comédiens amateurs, il voulut devenir un vrai metteur en scène, capable de donner aux auditeurs marocains un spectacle artistique professionnel. Alors il dut partir – sur ses frais – en France et s’inscrire au Cours Simon d’arts dramatiques, à Paris. A son retour au pays, il devint, en 1950, le premier dramaturge et metteur en scène d’une troupe arabe de théâtre radiophonique, entièrement constituée de comédiens solicités et entrainés pour cette raison. A. CHAKROUN a gardé ce poste j’usqu’en 1963, l’année où il prit la direction des services de la télévision nationale, inauguré une année auparavant. Dans ses nombreuses biographies[2] consacrées au théâtre, l’auteur relate avec beaucoup de détails les péripéties d’une existence où le théâtre avait pris une place de choix.

Feu Abdallah CHAKROUN fut par ailleurs un fervent défenseur des langues nationales au sein de Radio Maroc.  Il avait lutté – longtemps et sans relache – pour que l’arabe, la darija et les langues amazighes soient des canaux de diffusion de contenus radiophoniques nationaux. Radio Maroc, faut-il le rappelait, a été créée par les français, en avril 1928, pour servir – avant tout – les intérêts économiques des colons pour encourager ces derniers à s’installer au Maroc. A l’époque, cette jeune radio franco-marocaine, consacrait une masse horaire énorme aux programmes francophones. Ceci a conduit Abdallah CHAKROUN, à militer pour que cette radio diffuse de plus en plus démissions et de bulletins d’information dans les langues nationales, « je protestais et dénoçais souvent les formes de segrégations  raciales dans la pratique professionnelle au sein de Radio Maroc. Je n’acceptais pas que les français jouissent de bonnes conditions de travail et que  les colons suivent de bons programmes radiophoniques  alors que nous les salariés marocains et avec nous l’ensemble des auditeurs nationaux étions contraints de travailler peu ou de suivre des programmes dans la langue du colonisateur. Je n’avais pas de responsabilité, et je savais bien que notre pays était sous protectorat français. Cela ne m’a pas empêché pour autant de réclamer nos droits. », me confia Abdallah CHAKROUN lors d’une interview exclusive réalisée le 18 novembre 2014. Après l’indépendance, feu Abdallah CHAKROUN a étendu sa militance aux droits des travailleurs de la RTM à l’obtention d’un statut fonctionnaire de l’Etat au sein d’une institution de l’Etat. La lutte syndicale aboutit en  1971 et pour la première fois au Maroc indépendant à la promulgation d’une loi définissant clairement les statuts des fonctionnaires de la Radiodiffusion et Télévision Marocaine . « Par rapport  aux circonstances d’alors et eu égard aux conditions de travail antérieures à cette date, cette réforme fut considérée, à l’époque, comme la solution la plus appropriée et le traitement le plus efficace jamais appliqué à un mal chronique vieux de plus de quarante ans. » En parallèle à sa lutte en faveur du média national et ses fonctionnaires, Abdallah CHAKROUN consacra une bonne partie de son temps d’écriture à une autre forme de revendications,concernant cette fois la lutte pour les droits d’auteurs.

Dans deux jours, cet entretien accordé par feu Abdallah CHAKROUN aura bouclé trois ans jour pour jour. Il me reçut chez lui à Rabat et accepta d’enregistrer l’intégralité de l’entretien[3]. Beaucoup de sujets ont été abordés sur l’histoire de la radio nationale.  Je retiens de cette rencontre historique, l’image d’un homme débordant de bonté et de générosité, disponible et ouvert, plein de respect pour ses collègues et fier d’avoir servi la radio et la télévision nationales et à travers elles, son pays qu’il aima toute sa vie, comme rien d’autre au monde.

En reconnaissance à la grande générosité de cet homme exceptionnel, je présente mes sincères condoléances à la petite famille de Mme Amina Rachid et tous les parents et amis du défunt. Nous sommes à Dieu et à lui nous retournons.

[1] Feu Abdallah CHAKROUN me fit cadeau d’une douzaine de livres, en arabe et en français, sur différents sujets.

[2] « Réflexions sur l’audioviduel et le théâtre » ; « Le théâtre arabe … et le Maroc » ; « حياة في المسرح » ; « سنوات في كتابة المسرحيات و التمثيليات » ; « أعمال إبداعية » ; …

[3] Un extrait de la rencontre sur le lien suivant : https://www.facebook.com/1012729565426119/videos/1311593432206396/

Maudit  soit le foot

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Ce monde pourri qui s’appelle le foot; corruption, argent sale, tricherie, violence dans les terrains, abrutissement de générations de jeunes, falsification des résultats de matchs et des élections au sein des fédérations, ….

« ZINE LI FIK » ou comment faire du mauvais cinéma

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En réaction au dernier film de Nabil AYOUCH

much loved

    Le cinéma, à partir du moment qu’il traite de vie privée, de cas particulier ou d’expériences de prostituées, il cesse de faire partie du 7ème art . Le dernier  long-métrage de Nabil AYOUCH, intitulé « ZinE Li Fik » est A MON SENS un film de provocation qui me rappelle ce que les réalisateurs tunisiens et égyptiens avaient fait de par le passé. Dans ces deux pays, certains réalisateurs ont poussé trop loin le bouchon, en choisissant de s’attaquer aux traditions locales. Au lieu de participer à l’éducation des masses, de raffiner le goût des spectateurs, de dénoncer les injustices, de mettre à nu les dérives des politiques et de combattre l’exploitations et la soumission des peuples damnés, comme l’a si bien fait Charly Chaplin, entre autres, nos réalisateurs ont choisi de s’attaquer aux deux seuls acquis qui restaient aux individus, leur identité et leur religion. Le cinéma était devenu alors une nouvelle arme pour anéantir la société arabo-musulmane connue pour être très attachée à ses origines.
     L’instabilité sociale que la Tunisie et l’Egypte ont vécue et continuent de vivre depuis quatre ans ne sont pas que la conséquence d’une gestion défaillante de la chose publique. Dans ces deux pays et tous ceux de la région, les governeurs n’ont jamais été sérieusement inquiétés par les peuples gouvernés. Soumis et dégoûtés ces derniers se laissent volontairement gouverner par une élite qui n’existe que pour se servir. Par contre, il faudra aller chercher ailleurs les causes des troubles enregistrés dans plusieurs pays arabes. La conséquence logique de tels bouleversements sociaux trouve ses origines dans la provocation. Les médias et en particulier la PUB, la télévision et le cinéma, sont les nouveau acteurs de déstabilisation des sociétés dans notre région. Chaque jour et à longueur de journée, l’individu est bombardé de contenus fortement agressifs.L’individu est tellement exposé à des messages et codes violents qu’il ne peut éviter que par la violence.
 Pour revenir au film de N. AYOUCH, rappelons qu’il a suscité une grande polémique qui par ailleurs a été intelligemment désorientée par les médias nationaux et internationaux dans le seul but d’ôter aux scènes du film leur caractère provocateur. Les uns disaient que le film reste un travail artistique avant tout, les autres disaient que Ayouch n’a fait que montrer la réalité et d’autres encore parlaient de régressions des libertés individuelles. Foutaises ai-je envie de dire.
      En quoi est-ce que les images purement sexuelles dudit film sont elles artistiques? Certaines montrent des scènes purement pornographiques. Sur cette question, le réalisateur marocain dément avoir intégré de telles images dans la version finale de son film. La question est de savoir pourquoi il les a-t-il d’abord filmées, avant de décider de les retirer de la version commerciale? Il s’agit ici d’une auto-sanction très mal justifiée. Mais il n’y a pas que Ayouch qui défend  »ZINE LI FIK », son propre film. Certains parlent de pure réalité marocaine, filmée avec une caméra de journaliste. Ces gens-là peuvent-ils nous dire en quoi cette triste réalité est bénéfique pour les jeunes marocains qui ne travaillent pas, qui ne vont pas à l’école, qui n’ont rien à manger, qui n’ont pas d’argent pour se marier, qui aspirent à une vie descente et honorable, en vain? D’autres défenseurs du film parlent de régression des libertés individuelles, en faisant références aux critiques adressées aux film. A ces gens-là je dis qu’il y a des valeurs et des limites à respecter. Si ce film était fait pour nous les Marocains, son réalisateur devait savoir que ces derniers sont assez intelligents pour comprendre leur vécu sans demander à voir des images obscènes. Le cinéma n’est pas fait pour provoquer ceux dont on veut corriger les mauvaises mœurs. Bien au contraire, le traitement des celle-ci devrait se faire plus sainement. Au cinéma qui est art, on doit pas tout dire ni tout montrer. Un réalisateur n’est pas un maître d’école primaire et son film n’est pas une leçon d’éveil scientifique. un réalisateur devrait savoir qu’en montrant la violence il inciterait à la reproduire. Pour revenir aux propos des gens qui défendent aveuglément le film de AYOUCH, je les invite rais à encourager la production de films sur la réalité des quartiers populaires à Paris ou à Casablanca, comme l’avait si bien fait Nabil Ayouche lui-même, ou de films qui oseraient remettre en cause la laïcité qui ne fonctionne pas bien en France ou d’aller jauger la frustration de nos imams à qui on a injustement interdit de faire la politique. D’autres sujets pourront intéresser les populations, lasses de médias mensonges, la réalités des territoires occupés, la famine, le despotisme, l’enseignement, le chômage, les maladies, les risques encourus par l’usage abondant de gadgets sophistiqués et de médicaments pas toujours bienfaisants. Pour sa part, le journal « Le Figaro’ a commenté le film de Ayouch par la phrase  » Nabil Ayouch regarde son pays dans les yeux  » une phrase qui dit long sur les intentions des ennemis de la stabilité dans notre pays. les conflits et les catastrophes humanitaires ne se provoquent pas d’eux-mêmes, il y a bien des provocateurs derrière tout cela. Voilà le type de leçon que les Marocains refuseront toujours. Ce n’est pas AYOUCH qui a découvert la prostitution dans notre pays et il est encore moins le premier à l’avoir dénoncée. A Chaine Inter, la radio nationale d’expression française, le producteur et animateur Adib AL MAchrafi avait traité dans son émission « Vol de nuit  » des sujets sensibles et jusqu’alors brûlants et qui ont siscité un grand intérêt et des réactions intelligentes de la part de ses auditeurs. Le débat fut très intellectuel car le langage utilisé par l’animateur et les auditeurs fut des plus propres. Ces émission ont eu lieu alors que beaucoup de réalisateurs « audacieux » n’étaient pas encore nés.
      AYOUCH et ceux qui lui ressemblent sont sur les pas des réalisateurs tunisiens, ceux-là même qui ont montré des scènes de HAMMAM, ou de mari qui  » viole  » sa femme, ou encore d’un cas isolé qui se moque de sa religion.  Les résultats de telles provocations sont probants. Nous ne voulons pas allez vers le même destin, celui des Tunisiens et des Egyptiens.  Qu’Allah nous en préserve. On a longtemps montré la Tunisie comme un modèle de démocratie et de je ne sais quel autre qualifiant. Les médias occidentaux nous induisent en erreur et aujourd’hui ce sont les nôtres qui le font à leur place.
     A défaut de produire des films documentaires par exemple, qui eux  instruisent les gens et les générations, certains réalisateurs marocains choisissent de produire des films qui corrompent les mœurs de nos enfants. N’y a-t-il que des sujets de travesti, de prostituées, de pauvres, de clochards, de criminels, … à traiter. Les Marocains vivent et savent très bien ce qui se passe autour d’eux. Il n’y a guère de société idéale. Dites plutôt aux gens ce qu’ils voudront savoir! Illuminez-les! Éduquez-les! Parlez-leur de notre histoire, de nos hommes et femmes qui ont servi l’humanité dans divers domaines. Dévoiler les injustices! Dénoncez les dérives! Etes-vous capables de faire un film sur l’histoire? Dormez en paix Mustapaha Al AQAD. Que Dieu préserve ses disciples, qu’ils soient scénaristes, acteurs ou réalisateurs. Qu’avez-vous gagné M. AYOUCH, en faisant ce film. Nous avons remarqué que l’interdiction de votre film sur les écrans nationaux ne vous a point inquiété. Avec quel argent avez-vous payé vos prostituées? Enfin une dernière question à tous nos réalisateurs et écrivains de scénario; Quel cinéma vous voulez faire?  car il y en a deux , le bon ou le mauvais? Ne faites surtout pas de films pour provoquer les spectateurs, sinon vous auriez choisi d’être les réalisateurs de la médiocrité.

La marche pour GHAZA

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M’hamed EL JAFFAN, … n’est plus

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Nous sommes à Dieu et à lui nous retournerons.

La triste nouvelle de la disparition de M’hamed EL JAFFAN est tombée hier soir comme une foudre dont beaucoup de Marocains ne se remettront pas de si vite. Les professionnels des médias au Maroc et à l’étranger se rappelleront  d’une figure emblématique de l’audiovisuel  national et arabe, d’un journaliste hors pair ayant fait preuve de qualités professionnelles et exceptionnelles. Ils se souviendront  d’un homme bon, généreux, vertueux et très modeste, « C’était un homme à part, d’une conduite exemplaire et débordant de gentillesse. En quarante ans de services, je n’ai pas encore rencontré une seule personne qui eut dit du mal de cet homme, jamais. », me confiait Farida NOUR, animatrice radio et collègue du regretté EL JAFFAN.

 Le défunt parlait une langue arabe correcte et dirigeait ses débats et ses émissions avec professionnalisme et un savoir-faire inimitables de nos jours et dont seuls étaient capables les ténors de la radio nationale tels que Seddik Maaninou, Mohamed Ben Deddouch, Rachid Sabbahi, M’hamed EL Boukili, et bien d’autres. Reconnaissable parmi mille, la voix forte et claire de feu M’hamed EL JAFFAN charmait les auditeurs et auditrices marocains et arabes sur les ondes de la radiodiffusion et télévision marocaine mais également sur les antennes de la BBC et celles des radios amies, liées à la RTM par des conventions d’échange d’expériences et de contenus radiophoniques.

Après ses études primaires, feu M’hamed EL JAFFAFN a fréquenté le célèbre lycée Moulay Youssef de Rabat avant de s’inscrire à l’institut national de la musique et des arts dramatiques, option théâtre. « Là j’ai passé quatre ans sous l’encadrement de Farid BENBAREK, l’homme qui était derrière mon entrée à la radio nationale le 25 septembre 1967, après avoir définitivement  quitté mes études. »[1]  Feu M’hamed EL JAFFAFN  a commencé à la radio comme réalisateur-assistant avec un salaire ne dépassant pas 180 dirhams. Après des années passées dans la réalisation et l’animation des émissions radiophoniques, Seddil MAANINOU, alors directeur de la télévision marocaine lui proposa, en 1973,  de collaborer avec la direction de l’information, chose qu’il n’a accepté que sous condition d’être assisté par le directeur lui-même, Latifa ELKADI et Tahar BELARBI. Cette mission s’est prolongée jusqu’en 1985. Ensuite il travailla avec le grand Mohamed Ben Abdeslam comme animateur de grandes émissions, dont « Qitar Tanmiya », « Al Ahadou Lakom », « Layali ramadane », « Al Maghrib en l’année 2000 », « Qafilat Attanmiya », et bien d’autres expériences partagées avec M’hamed Elboukili, Rachid Sabbahi et feu Ben Issa El Fassi. En 1994, le directeur de la BBC s’était rendu dans notre pays à la recherche de journalistes compétents. Son chois sétait fait sur EL JAFFAN entre autres. « Nous vous voulons à n’importe quel prix, m’avait-il dit, et moi de lui répondre que jamais je n’aurait quitté le Maroc, quelque fut la récompense. »[2] témoignait avec joie feu M’hamed EL JAFFAFN.  Finalement, un contrat fut signé entre la BBC et le ministère de l’intérieur et de l’information de l’époque et à la suie duquel M’hamed El Jaffan et Mohamed LACHAB ont passé trois mois au sein du média britannique.  En 2006 les autorités de la SNRT lui confieront le poste de directeur du secteur des départements régionaux de la radio marocaine. Aujourd’hui même j’apprends par la radio nationale que feu M’hamed EL JAFFAFN a fini son parcours à la radio Mohamed VI du saint Coran.

Je suis triste comme tous les Marocains qui ont connu, vu ou écouté M’hamed EL JAFFAFN.   Mais je suis encore plus attristé du fait que lorsque je l’ai appelé l’été dernier, pour  lui demander un entretien dans le cadre de ma mission sur la mémoire de la radio nationale, il s’était excusé mais m’avait promis de répondre favorablement à ma demande. Il ne pouvait pas me la refuser. Je ne savais pas qu’il était souffrant.

My. A. BELGHITI [1] Entretien accordé par le défunt à la revue « Journal de la maison El Brihi », rubrique ‘’Tribune de la maison’’, SNRT, N° 16, 2008. [2] Ibid.

Ça ne sert à rien … de manifester !

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Ça ne sert à rien de manifester  contre les exactions israéliennes. Les enfants et les femmes palestiniens qui chaque jour sont tués froidement comme des mouches n’en auront  pas besoin. Ceux qui attendent leur tour de crever sous les bombes des sionistes ne sauront que faire de nos marches, nos cris et nos larmes. Ils n’y a que les hommes qui peuvent les défendre ; leurs pères, leurs frères, leurs cousins, leurs voisins. Ceux-là aussi ne voudront point de nos sentiments ni de nos lamentations. Ils n’osent pas nous le dire publiquement. On leur a défendu de manquer de respect et de tact vis-à-vis de leurs « frères » les Arabes. Impuissants mais Intelligents, les hommes de la Palestine souhaiteraient nous dire « merci » de ne rien faire, de ne rien dire, de ne rien expliquer, de ne rien regretter.

Ça ne sert à rien de manifester  pour la Palestine. Car, à défaut de soutenir les Palestiniens par les armes et l’argent, comme les sionistes sont soutenus politiquement, militairement, socialement, économiquement, scientifiquement, … par leurs alliés, les « frères » des Palestiniens, les gouvernements comme les médias,  choisissent eux,  la fuite en avant pour cacher leur impuissance. Ils essaient d’apaiser les esprits des peuples révoltés en expliquant et justifiant les agressions israéliennes par les « erreurs » et les différends  inter palestiniens.

Le soir du 14 juillet dernier au soir, lors d’un sit-in organisé devant le parlement à Rabat, un manifestant amazigh a d’abord réfuté le fait qu’une marque de dattes vendue au Maroc soit importée d’Israël. Il a fait savoir que les fruits venaient d’un patelin situé aux environs de Goulmima, dans la région d’Errachidia. Ensuite il a longuement parlé des vrais amazighs, ceux qui ont combattu les Espagnols et les Français. Enfin il a distingué entre les bons et les mauvais Palestiniens en faisant allusion respectivement à Hamas et FATEH. Or le vice-ambassadeur de la Palestine au Maroc, qui était présent à la manifestation, n’a pas du tout apprécié cette allusion. Il a agressivement corrigé la déclaration, la qualifiant de propos blessants, allant jusqu’à menacer de se retirer de la manif, avant de se calmer pour dire doucement son allocution,  bienséance oblige.

Ça ne sert donc à rien de manifester  pour la Palestine. « Parler correctement ou se taire »  nous apprennent les sages. Il ne faut surtout pas mélanger Chaabane et Ramadan. Sortir pour soutenir la Palestine est une cause, défendre l’amazighité des dattes de Goulmima en est une autre. On aurait aimé savoir qui a vendu ces dattes aux deux israéliens qui à leur tour les ont revendus aux Marocains. Longtemps nos partis et nos syndicats ont appréhendé la question palestinienne pour revendiquer des droits politiques et sociaux pour les non-palestiniens. Ce qui s’est passé ce soir à Rabat est la preuve que ces pratiques ne sont pas oubliées pour autant.

Dans un journal marocain, un chroniqueur s’est moqué des prières des 100 milles fidèles de la Mosquée Hassan II à Casablanca, les qualifiant d’inutiles. Il s’est demandé pourquoi tout ce monde n’était pas présent à la marche organisée dimanche derniers à Rabat.  Comme il fallait à ce monsieur  qu’il écrive son billet à tout prix, pour des raisons que lui seul sait, il passa à côté de la bonne analyse. Le monsieur a oublié que les prières des TARAWIH  se font le soir de chaque jour du mois sacré, alors que  la marche pour GAZA  a eu lieu un matin du dimanche. Il s’est moqué des prières de 100 milles fidèles présents dans la mosquée de CASA alors que des dizaines de millions d’autres croyants le font jour et nuit, chacun à sa manière pour que le génocide cesse à GAZA. Car les fidèles d’ALLAH n’ont que lui pour implorer de leur venir en aide. Qu’ont changé toutes les marches faites depuis qu’on nous a inculqué cette façon de revendiquer nos droits politiques, sociaux, …? Enfin, ne parlons pas des chiffres. Le nombre des marcheurs était bien plus important que celui avancé par le journaliste dans son billet. Il n’y a pas lieu de rigoler. L’auteur du billet d’humour a fini par envoyer une insulte impardonnable au Marocains.

Un autre journaliste a écrit un article où il a essayé  de réconcilier ceux qui prônent la paix entre les israéliens et les Palestiniens   et ceux qui revendique le droit à la riposte. En oubliant que l’Etat sioniste a toujours refusé la paix, a toujours transgressé les accords, a toujours menti et plaidé innocent, a toujours tué, d’une façon sauvage et disproportionnée,  ce journalistes – et tous les artistes et diplomates qui pensent comme lui – se trompent volontiers en croyant qu’Israël puisse un jour être un pays avec qui on peut négocier une paix durable. Ainsi, les voix et les plumes qui prônent la paix nuisent à la cause palestinienne, plus qu’ils ne la servent. Pire encore,  ce type de discours divisent la nation et affaiblissent sa position.  En Israël il n’y a pas un seul journal, un seul intellectuel, un seul dirigeant qui parle de PAIX. Tous les gouvernements israéliens sont des voleurs et des sanguinaires. Un seul intérêt les motive, la suprématie militaire et économique. Et les médias dans ce pays – car  l’Etat israélien doit régner en maître absolu dans la région –  ne ménagent aucun effort, ne ratent aucune occasion,  pour faire taire les voix de la raison, quelles qu’elles soient et où qu’elles soient.

Les médias arabes en revanche se perdent. Malheureusement. Ils doivent unir la nation et non la disloquer. Leur travail est de dire la vérité, qu’elle quelle soit, et de se positionner du côté des peuples.  Il n’y a que deux positions possibles à prendre dans ce conflit ; la cause palestinienne ou celle de l’ennemi. Les médias qui prônent la paix sèment le doute et blessent l’amour propre de beaucoup de Marocains. Beaucoup de  journalistes francophones doivent s’estimer  heureux et chanceux de n’être pas lu par tous les Marocains. Déjà au Maroc,  le nombre des lecteurs de journaux est  très faible et le peu de lectures qui se font dans notre pays concernent les deux langues nationales.  Si  tous les Marocains, Maghrébins savaient lire et écrire en français ils auraient su dénoncer ce qu’ils qualifieraient de trahison de la part des médias.

Qu’en est-il alors des responsables politiques?  En ce qui concerne les gouvernements, le problème est encore plus grave. Impuissants, ils  tentent de cacher le soleil avec la passoire. Ils prônent le réalisme et préfèrent jouer la carte des intérêts suprêmes. Comme si défendre un pays frère occupé, anéanti, appauvri, souffrant, malade, manquant de tout, et agressé systématiquement, ne relève pas des intérêts suprêmes de la Nation. D’ailleurs ce n’est que dans ce type de conflits que nos dirigeants commencent à penser « intérêts ». Embarrassés face aux gouvernés, les gouverneurs fuient an avant. Ils proposent des aides aux victimes et font des déclarations mesquines.  Même si parfois on les trouve en première ligne, derrière des banderoles où sont écrits des slogans assez brulants. Cependant, aucun chef de parti politique présent à Rabat le dimanche 20  juillet dernier n’a terminé la marche. Tous étaient repartis avant d’arriver à hauteur du Parlement. On dirait qu’ils  étaient venus pour prendre une photo.

Ça ne sert donc à rien de manifester. Nos marches, nos pleurs, nos cris, nos appels, nos soutiens de principe, nos sacs de farine, nos couvertures, nos médicaments, ne suffisent point et n’arrêteront pas les souffrances des Palestiniens. C’est Israël qui décidera d’arrêter son agression, non sous pression ni par peur de quiconque mais par conviction que depuis 60 ans, elle tue les enfants, les femmes, les vieux, les malades, les handicapés, mais les Palestiniens sont toujours là. Qui peut mieux faire ? L’agression contre les innocents  prendra donc fin – le TSAHAL lui-même en sera  fatigué – et le monde entier oubliera vite qu’il eut des morts, des blessés, des disparus, des maisons détruites, des arbres déracinés, une infrastructure anéantie, une nation humiliée, sans pour autant avoir l’assurance que cela ne se reproduira pas un autre jour.

La responsabilité des nos gouvernements est grande. Ils ne doivent pas trop compter sur les Nations Unies, ni sur les grandes puissances, ni sur les amis, ni sur les ennemis. Ils doivent compter sur leurs propres moyens. Les alternatives ne manquent pas. Il faut juste choisir son camp.

La question juive, ne se pose pas au Maroc

En passant Publié le Mis à jour le

       L’antisémitisme au Maroc n’existe pas et n’existera jamais. C’est une réalité tellement vraie que, historiquement parlant, il est difficile de prouver le contraire. En effet, depuis que l’Etat Marocain existe, aucun gouvernement n’a organisé, encouragé ou incité quiconque à porter un quelconque préjudice à l’encontre des juifs du Maroc, même s’il faut reconnaitre des tentatives d’instabilités à l’époque des Almohades (1147-1269). Les juifs existaient au Maroc avant l’arrivée en masse de ceux d’Espagne. Ils s’étaient installés dans les grandes et les petites villes. A Fès, comme à Meknès, Marrakech, Essaouira, Rissani,…, ils ont vécu tranquillement, leur présence était naturelle et leurs affaires marchaient à merveille.  Au vingtième siècle, Mohamed V les a défendus contre la loi antijuive de VICHY et Hassan II a regretté leur départ en Israël, dans les années 80. Ici au Maroc, il n’y a jamais eu aucune loi ni aucune politique discriminatoire contre les juifs. Au contraire, la cohabitation entre les Marocains de confession juive et musulmane est tellement évidente que nos voisins algériens, quand ils veulent nous insulter, ils nous reprochent d’être les amis et alliés des juifs[1].  Quant à ces derniers, résidants dans le royaume ou ailleurs, ils affirment avoir toujours été acceptés et respectés par les Marocains.  Mieux, ils ont transmis cette vérité à leurs enfants et les ont encouragés à visiter la terre qui a vu naître leurs ancêtres.

      Aujourd’hui, en se rendant au Maroc pour voir la famille et/ou se recueillir sur leurs lieux de culte, les générations de jeunes juifs font eux-mêmes ce constat et ne ménagent aucun effort ni ne ratent l’occasion pour témoigner de la bonté et de l’humanisme des musulmans du Maroc. Aussi les juifs, résidants ou touristes, se déplacent-ils en toute sécurité à travers le pays et pratiquent  sereinement leurs rituels, presque  dans l’indifférence totale de la population musulmane. L’indifférence est à comprendre ici dans le sens d’une attitude pacifique, d’un comportement tolérant qui ne remet pas en cause le droit à la différence, de l’Autre. Les synagogues et les cimetières des juifs marocains sont  respectés et protégés comme n’importe quel autre site religieux. Ce n’est pas au Maroc qu’on enregistre des actes de vandalisme contre les juifs ou leurs lieux saints. Cela se produit ailleurs.

       Les juifs du Maroc ont donc toujours vécu comme chez eux, dans le respect et la quiétude aux côtés des arabes et amazighs marocains. Et quand un jour ils ont choisi de partir, ils l’ont fait librement et sans aucune contrainte. Au contraire, leur départ a suscité une triste émotion pour ne pas dire un sentiment de trahison, auprès des musulmans qui les ont côtoyés de très près. Je me souviens encore des trois dernières familles juives de la ville d’Erfoud. Ils habitaient trois quartiers différents. Ils n’avaient pas besoin d’habiter en groupe pour se protéger. Ils n’avaient pas peur. Ils avaient aménagé une quatrième maison pour les prières, loin de leurs foyers. Ils étaient sereins et tranquilles. Quand un jour ils ont décidé de quitter le TAFILALET, l’oasis où ils étaient nombreux à vivre durant des siècles, la nouvelle à rapidement fait le tour de la ville, selon un vieux dicton de chez nous qui dit : ‘’Un riel d’encens suffit pour parfumer tout Erfoud’’, tellement la ville était petite et tellement tout le monde se connaissait. Durant des jours entiers, femmes, hommes et adolescents passaient  alors à leurs domiciles et boutiques pour leur adresser un dernier adieu. Avant de partir, nos voisins hébreux avaient vendu, liquidé ou passé une partie de leurs biens à des musulmans et ce, le plus naturellement possible, exactement comme l’aurait fait n’importe quel autre citoyen vivant dans un Etat de droits.

       Toutefois, le respect que les Marocains vouent aux juifs n’est ni une adoration ni une admiration. Il ne faut pas se leurrer. Il s’agit tout simplement d’une coexistence sereine, faites à la fois de fusion et de prise de distance. On était d’accord pour vivre ensemble mais on était aussi d’accord pour vivre différemment sa religion.  C’est exactement le type de comportement interconfessionnel idéal que l’islam enseigne aux musulmans, le type de conduites exemplaires que les sultans du Maroc ont toujours fait respecter. Ainsi on ne peut pas dire que les Marocains sont antisémites ou racistes. Juifs et Marocains habitaient les mêmes ruelles, échangeaient des visites, se partageaient leurs mets, se mariaient entre eux, faisaient ensemble du commerce et, quand ils se disputaient il y avait toujours un tribunal ou des amis qui les départageaient, dans le cas où ils ne pouvaient pas les réconcilier. C’est de cette manière, la plus civilisée qui soit, que le Maroc et les Marocains ont prouvé et prouvent encore que l’islam dans notre pays n’est un danger ni pour les juifs ni pour les chrétiens ni personne[2].

         Donc l’antisémitisme ne peut pas exister au Maroc. Prétendre le contraire, C’est faire preuve d’ignorance des faits historiques. Les Marocains ignorent complètement quelque chose qui s’appelle la question juive. Ce débat ne peut pas avoir lieu chez nous. Nous autres musulmans du Maroc avons trois bonnes raisons pour nous épargner ce débat inutile : la première est que les  juifs marocains ont toujours vécu dans la paix et dans l’entente avec les arabes et les amazighs. Nous n’avons chassé personne. Ceux qui ont décidé de partir l’avaient fait de plein gré. La deuxième raison est que la majorité musulmane au Maroc ne pense pas que la religion hébraïque soit un danger pour l’islam. Ceci qui n’est pas le cas en Occident où les laïques craignent la religion et s’en méfient ostensiblement. Là-bas, la question juive relève du racisme et de la haine envers tout ce qui est religieux. C’est malheureux de voir que là-bas, les médias font des musulmans des terroristes et des antisémites par définition. Or, – et c’est là, notre troisième bonne raison -,  les enseignements de l’islam mettent en garde contre toute attitude discriminatoire, et rappellent que tous les individus sont égaux et que chacun est libre de pratiquer  la religion de ses ancêtres[3]. Et de ce fait, nous n’avons pas de leçon à recevoir ni d’attitude à copier de qui que se soit.

        La question juive ne se pose donc pas pour les Marocains. Et pourtant, de plus en plus fréquemment, les internautes marocains tombent sur des textes et des vidéos pour le moins suspects. Des individus, parfois intellectuels mais ignorant la sensibilité marocaine, imposent des idées et des convictions pas très sages. Ils parlent d’antisémitisme au Maroc. Or nous venons de démontrer que cette haine n’a jamais existé. Ils appellent à la  normalisation immédiate avec Israël à un moment où, ce pays ne donne pas de signes encourageants. Ils encouragent le voyage dans ce pays alors que d’autres destinations sont plus sûres. Ils revendiquent le droit de se convertir au judaïsme et d’aller à Tel-Aviv, or aucune loi ne l’interdit puisque les Marocains n’en ont pas besoin. Il y en a même ceux qui dénoncent les trois derniers versets coraniques d’« EL-FATIHA », la sourate prologue du saint Coran, où il est dit « […](5)Dirige-nous dans le sentier droit, (6)Dans le sentier de ceux que tu as comblés de tes bienfaits, (7) De ceux qui n’ont point encouru ta colère et qui ne s’égarent point[4]. Ces gens nous font savoir que par « ceux qui n’ont point encouru ta colère »  et « qui ne s’égarent point »,  il faut comprendre respectivement les juifs et les chrétiens. Ils présentent ainsi le Coran et les musulmans comme les ennemis proclamés de ceux-là. Or les paroles d’ALLAH sont aussi claires que l’eau de roche. Très explicite, ces paroles n’ont qu’un seul sens.

       Mais ce n’est pas tout. Ces gens vont plus loin dans leurs revendications.  Voici un autre exemple. Il n’y a pas très longtemps, Hespress a rapporté une nouvelle[5] selon laquelle un observatoire dénommé ‘’observatoire marocain de lutte contre l’antisémitisme’’ a publié un communiqué où il fait savoir qu’« on poursuivra toute organisation ou toute personne antisémite au Maroc, et ce en dépit de l’absence de lois sur l’antisémitisme, qu’on fera tout pour  renforcer les liens entre les juifs du Maroc et ceux d’Israël et qu’on tâchera d’organiser des voyages en Israël pour les Marocains qui souhaiteraient découvrir ce pays. »

      En lisant l’article de Driss AZAM publié sur Hespress le 09 juin 2014 sous le titre‘’Un observatoire marocain encourage le voyage en Israël et appelle à la poursuite des antisémites’’, on se demande si cette organisation est sérieuses. Ces gens demandent la normalisation rapide avec Israël, réclament la laïcité, revendiquent le libre choix de la religion, veulent promouvoir la culture juive, souhaitent mettre en place un commerce  touristique à sens unique et  brandissent des menaces à l’encontre des groupes et des individus qui ne les suivront pas. Dictature  ou hystérie ? Voilà comment on peut en arriver à se semer le doute et diviser la nation. Ennemis de la paix et de la stabilité dont jouit notre pays, leur voix sonne faux dans la mesure où elle provoque chez les Marocains des réactions et des attitudes très controversées. Il suffit de jeter un regard sur les commentaires qu’a suscité ledit article. Révoltes et indignations en vrac.

    Ces gens offensent les Marocains et faussent leur histoire. Faut-ils leur rappeler quelques vérités ? Le Maroc est une terre d’accueil et l’a toujours été. Les juifs sont chez eux quand ils sont au Maroc. Le royaume a été le premier pays arabe et musulman à  recevoir officiellement un responsable israélien, Simon PEREZ, un geste politique courageux qui n’a pas plu à nos amis Arabes et musulmans. Le règne alaouite a fait des juifs marocains des ministres et des conseillers. Le Maroc est un acteur principal dans le processus de paix entre Israéliens et Palestinien. Le Maroc ne diabolise pas l’Etat d’Israël et encore moins les juifs.

      Mais le Maroc a une identité, une culture et une histoire et réclame qu’on les respecte. Le Maroc a des intérêts et des alliances et ne demande pas plus que de les tenir en compte. Le Maroc entretient des rapports politiques et économiques et souhaitent qu’ils soient bénéfiques. Enfin nous les Marocains, à qui on demande d’aller en Israël, voudrions bien savoir ce que les juifs d’Israël pensent de nous et ce qu’ils peuvent faire dans le conflit du Sahara marocain, par exemple.

Moulay Abdellah BELGHITI

[1] Un jour, en traversant la frontière entre l’Algérie et la Tunisie, au point de contrôle de ANNABA, le douanier m’a refusé un document d’assurance automobile sous prétexte qu’il était livré par une société juive installée au Maroc. Heureusement que j’avais sur moi un deuxième document

[2] L’une des preuves de la tolérance et de l’esprit de bon voisinage des Marocains est le retour au Maroc de beaucoup de Juifs et d’Européens dans le but de s’y installer définitivement ou provisoirement. Des familles entières quittent leurs pays pour venir se réchauffer au soleil du Maroc. L’engouement très particulier et sans précédent pour le mobilier et les affaires explique l’intérêt de beaucoup de personne pour notre pays. Les villes les plus convoitées sont Tanger, Casablanca, Marrakech, Essaouira, Agadir, Taroudant, … etc. Ce choix, aussi bien naturel que réfléchi, est la preuve que le Maroc reste le modèle parfait d’un pays où la tolérance et la paix sont garanties pour tous.

[3] « Vous avez votre religion et nous avons la nôtre » le dernier verset de la sourate « Elkafiroune » , littéralement ‘’les Infidèles ‘’

[4]  http://www.lenoblecoran.fr/wp-content/uploads/Le-Coran-Traduction-dAlbert-Kazimirski.htm#_Toc362282721 . Téléchargement du 17 juin 2014.

[5] http://www.hespress.com/politique/229491.html

STRUCTURES ET SEPULTURES

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            Une guerre maroco-marocaine est maintenant rendue publique. Certes le sang ne coule pas, mais les propos sont rouges comme un diable. C’est une guerre de déclarations et de contre-déclarations. Elle oppose, à première vue, un ministre correctement élu à une femme à part. Pour la première fois dans l’histoire du Maroc, des fonctionnaires et des journalistes s’opposent publiquement aux ministres, leur adressent des menaces et les accusent d’harcèlement sexuel[1]. Les attaques du chef de la coalition gouvernementale et les contre-attaques des responsables des chaines nationales n’en sont pourtant que la partie visible de l’iceberg. Les véritables protagonistes, dont on peut facilement deviner l’identité, ne disent pas leurs noms et préfèrent rester à l’ombre.[2]

         Cette guerre est tellement spectaculaire qu’on ne peut ne pas se poser ces deux questions : Le Maroc est-il devenu à ce point un pays de transparence, au point qu’un chef de gouvernement exprime publiquement son dégoût vis-à-vis d’une fonctionnaire ? Sommes-nous devenus un pays de liberté d’expression au point qu’une directrice d’information accuse un ministre d’harcèlement sexuel ? Non, ceci n’est pas un critère de liberté d’expression. A ce niveau-là, on ne peut parler de transparence. Celle-ci devait être démontrée dans d’autres situations, dans d’autres affaires et crises où les Marocains victimes de politiques répressives et d’abus de pouvoir réclamaient justice et droit à l’information, en vain.

         Cette guerre oppose donc deux partis où chacun se défend comme il peut. D’un côté on pense que les responsables des chaines du pole public n’en font qu’à leur tête, oubliant qu’ils sont des fonctionnaires de l’Etat et qu’ils doivent se soumettre aux lois en vigueur dans le pays, et notamment les cahiers des charges imposés par les autorités compétentes[3].  De l’autre côté, on croit que le gouvernement actuel veut mettre la main sur les deux chaines de télévisions. D’un côté on pense que les deux télévisions utilisent l’argent des contribuables pour corrompre le goût des téléspectateurs et inciter les jeunes[4] à la consommation  et la désobéissance. Et de l’autre côté on s’estime heureux d’être aux services de tous les marocains en leur proposant de plus en plus de divertissement.

       La guerre dont nous parlons sent le théâtre. C’est pour moi un quiproquo qui met en scène deux belligérants aux forces disproportionnées. D’un côté il y a impuissance et de l’autre il y a surpuissance. Le gouvernement marocain actuel est incapable d’imposer ses choix. Les Marocains ont relevé beaucoup de retour en arrière. On est très loin des promesses roses dont on a charmé un  peuple fatigué par le mensonge. Ces promesses étaient tellement chatouillant qu’ils ont fait revenir vers les urnes des électeurs dégoûtés par les élections précédentes. Mais aujourd’hui si ces mêmes électeurs – qui ont mené le PJD aux commandes – ne sont pas tout à fait satisfaits, ce sont toujours eux qui devront lui faire perdre les prochaines élections. Le dernier mot doit revenir au peuple. C’est  un principe démocratique que TOUT le monde doit respecter. Ainsi il n’appartient pas  à un pauvre site d’information – où on est incapable de rédiger un simple éditorial – de mettre en doute le sérieux et la légitimité d’une coalition gouvernementale. Il n’appartient pas, non plus, à une fonctionnaire de réunir des signatures pour empêcher un ministre de faire son travail. Le ministre de la communication n’est pas le chef direct de la directrice de l’information à 2M. M. Mustapha ELKHALFI est responsable devant le peuple alors que  Samira SITAIL n’a pas de compte à rendre à la nation. C’est une simple fonctionnaire et elle doit se considérer comme telle.

       M. Benkirane, en dénonçant publiquement ce qu’il croit être des abus de pouvoir de la part des responsables des médias les plus suivis au Maroc, notamment la SNRT, 2M et Hespress s’est attiré leur  foudre. Mais le champ de bataille le plus spectaculaire est celui où s’affrontent 2M et le gouvernement. La représentante de 2M n’est autre que Mme Samira SITAIL, directrice de l’information, le gouvernement étant représenté par son chef Abdelilah BENKIRANE et son ministre de la communication, M. Mustapha ELKHALFI. Pour montrer qu’elle n’a pas peur de ses adversaires, SITAIL a commencé par faire signer une pétition contre la mainmise du ministère de tutelle. Pour cette femme, et tous ceux qui l’assistent, il n’est pas question que ce ministère se mêle de la cuisine interne de 2M. Le taux d’audience étant élevé, cela suffit pour dire que les Marocains sont satisfaits. Et que doit faire alors  le pauvre ministre qui était venu pour réparer les défaillances ? C’est incroyable !  Quelle logique ! Mme SITAIL n’entend pas en rester là, elle prépare d’autres attaques.

         Des sorties médiatiques virulentes à l’encontre d’un gouvernement ne nuisent pas seulement à celui-ci, elles remettent en cause la raison d’être des institutions gouvernementales.   Qui gouverne qui dans ce pays ? Voilà la question que se posent plusieurs observateurs. Si les Marocains, un peuple intelligent, a accepté qu’il y ait un Roi et un gouvernement pour diriger ce pays, il n’acceptera jamais qu’il y ait encore d’autres individus qui se mêleraient à la besogne. Nos institutions ne seraient alors que des sépultures, c’est-à-dire des structures qui abriteraient des lois mortes et sans effet. Les structures gouvernementales du pays doivent se mettre en marche. Le parlement, le conseil constitutionnel, tous les ministères, le Conseil des Oulémas du Maroc, la HACA, L’ANRT, …etc. Une administration sous tutelle doit se soumettre aux lois et règles en vigueur. Si elle refuse il faut la punir. La femme en question s’est dite heureuse de travailler dans une chaine qui « est resté fidèle au respect des institutions de la patrie et de ses forces vives … »[5].  C’est faut, c’est un pur mensonge. Le journaliste Taoufiq BOU’ACHRINE, rédacteur en chef du site Akhbar Alyawm,  dans un article intitulé « La télévision d’opposition »[6] rapporte un témoignage accablant de la part de M. Mohamed ALACH’ARI, ex-ministre de la culture dans le gouvernement de Abderrahmane ELYOUSFI, qui révèle que ce dernier avait été victime d’une éviction d’un reportage made in 2M où le premier ministre avait participé à une marche de protestation. 2m n’a pas voulu que les Marocains voient protester un premier ministre dans la rue, avec tout le monde. Or ELYOUSFI  n’avait aucune intention de mettre la main sur les médias nationaux, ajoute ALACH’ARI, bien au contraire. Mieux il a refusé de punir la chaine qui s’est défendue par l’éternelle excuse de l’erreur  professionnelle. Tout le monde sait que le Maroc a eu deux occasions en or de devenir un pays respecté ; le gouvernement de l’alternance avec ELYOUSFI et la première édition de l’actuel gouvernement. Nous sommes peut-être en train d’échouer pour la deuxième fois.

       Quant à SITAIL, les vidéos sur Yutub[7] sont la preuve de ses ambitions de superwoman.  Depuis 2003, elle n’a pas cessé de multiplier les attaques contre le PJD dont elle a senti l’arrivée imminente au pouvoir.  Je reproche cependant au chef du gouvernement d’avoir fait d’un malentendu avec quelques médias une affaire publique. Il y a sûrement une raison qui l’a poussé à faire ce choix. Je pense, par ailleurs, qu’il pouvait faire appel au code du travail et faire payer aux fonctionnaires leurs erreurs et indiscipline comme il le fait avec ceux qui s’absentent pour des raisons de grève ou autres manquement aux responsabilités. (Coupures de salaires et menaces de licenciement de la fonction publique).

       Le gouvernement actuel est un gouvernement faible et ne s’en prend qu’aux plus démunis. Il est responsable de ce qui lui arrive et je crains qu’il ne trouve pas qui le soutenir au cas où il en aurait besoin. Cette faiblesse fait ralentir le travail du gouvernement. Le vide est insupportable. Or, comme la nature a horreur du vide, ce sont des individus et des lobbys qui s’accaparent du pouvoir, celui des médias, le pouvoir le plus influent. En l’absence d’une école marocaine et nationale forte et performante, capable de produire des intelligents et reproduire – pourquoi pas – l’identité marocaine, la télévision, malheureusement est en train de tout démolir. Samira SITAIL, les inconnus de Hespress, les chroniqueurs de Luxeradio et autres perroquets venus d’ailleurs, ne doivent pas se leurrer ; l’identité marocaine est forte et inébranlable. Ils ne pourront jamais la remettre en cause. Tuer les vieux si vous voulez, nos jeunes sauront ressusciter les traditions, les principes propres aux Marocains. Vos films, vos spots publicitaires et vos insultes n’effaceront pas un imaginaire millénaire, fait de bonté, d’entraide, d’ambition  et de bon voisinage.

[1] Voir les propos de Samira SITAIL sur Hespress.

[2] « médias complices, ceux qui sont entre les mains de parties connues, sont loin d’être impartiaux ». Propos de Benkirane rapportés par http://www.yabiladi.com/articles/details/26157

[3] Le ministère de la communication et la HACA, Haute Autorité de la Communication Audiovisuelle.

[4] Il suffit de regarder de plus près les spots publicitaires pour s’en assurer.

[5] http://www.yabiladi.com/articles/details/26332/riposte-chaine-television-publique-abdelilah.html

[6] http://www.alyaoum24.com/akhbar/%D8%AA%D9%84%D9%81%D8%B2%D9%8A%D9%88%D9%86-%D8%A7%D9%84%D9%85%D8%B9%D8%A7%D8%B1%D8%B6%D8%A9/13111#.U4tFK3J5NIE

[7] https://www.youtube.com/watch?v=b7OYzqAXxsE –  https://www.youtube.com/watch?v=Dafj5dT2MVE

image: cemaroc.com

 

Quoi de neuf au sujet du Sahara marocain?

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     Les tensions entre le Maroc et  son voisin algérien ne semblent pas s’apaiser. Chaque nouvelle escalade diplomatique élargit le fossé entre les deux pays. Et au centre de ces discordes, tout le monde le sait, il y a la question du Sahara. Le Maroc défend la marocanité de ses régions du sud et, l’Algérie, tout en se disant neutre et n’ayant aucune dent contre le royaume, ne cesse de réclamer haut et fort  » l’indépendance  » du peuple sahraoui. Du côté du Maroc, il n’est pas question de concession supplémentaire. Car en proposant aux Sahraouis un plan d’autonomie sous une souveraineté marocaine, une proposition très courageuse, le Maroc considère qu’il a fait  preuve de bonnes volontés, celles de régler le conflit, une bonne fois pour toute . Du côté de l’Algérie, un pays aux 132 ans de souffrances coloniales, qui aujourd’hui aspire au rôle de l’avocat des pauvres, il n’est pas question que le drapeau marocain flotte encore dans les airs des régions du sud du Maroc. La position des dirigeants algériens est très claire; c’est soit l’émancipation des Sahraouis soit rendre la vie difficile aux Marocains. En sont-ils capables, toutefois?

      Comme on le voit, nous sommes en présence de deux positions tellement contradictoires que seul un miracle peut réconcilier. Or la discorde est si douloureuse, des deux côtés que, pour garder le contact entre les deux pays, il n’y a qu’un seul et unique moyen; échanger des félicitations. Et pour ce faire les occasions ne manquent pas. Nous autres musulmans avons au moins deux occasions de plus que n’importe quel autre nation au monde ; l’Aïd Eladha et l’Aïd Elfitr[1]. Cela agace plus d’un citoyen des deux côtés de la frontière. En effet, que nous soyons marocains ou algériens ces façons diplomatiques ne suffisent pas pour nous rassurer sur notre avenir commun. Les dernières félicitations adressées par le roi du Maroc à son homologue algérien ont eu lieu à l’occasion de sa réélection, pour un quatrième mandat consécutif à la tête de l’Algérie. Mais cette fois le président réélu n’a  pas répliqué tellement il est malade et presque mourant. On aura remarqué que plus d’une semaine après sa réélection, BOUTEFLIKA est incapable de remercier ses électeurs – ou ses militaires- pour lui avoir accordé soutien et confiance.

     Mais qu’en est-il des amis communs aux deux pays dans tout cela? Les USA et la France? Quel rôle joue l’ONU dans ce conflit? Qu’en est-il de la position des partis politiques marocains? Quelle place donne-t-on aux intérêts communs des deux frères ennemis? Je ne m’aventurerai pas à donner des réponses quelconques à ces interrogations. Je ne suis pas spécialiste, je veux juste comprendre. Cependant l’opinion publique marocaine et régionale a pu enregistrer quelques nouveauté relatives à ce sujet. Il y a eu d’abord l’annonce de l’approche du vote au Conseil de Sécurité. Puis le coup de téléphone du roi Mohamed VI au secrétaire général BAN KI MOON. Ensuite les élections en Algérie qui ont diverti un petit peu nos voisins algériens. En même temps le roi Mohamed VI se déplace à Dakhla en compagnie du ministre ivoirien.  Un peu auparavant, la France, par la voix de son ambassadeur auprès des Nations Unies, dément toute intention de mettre son veto au profit du Maroc.  Puis on annonce le report du vote à une date ultérieure. Une information qui coïncide avec une autre dans laquelle  les USA disent ne pas avoir l’intention de proposer un élargissement de la mission de la MINURSO, comme ils l’avaient fait l’année dernière. Enfin le roi s’envole vers Paris pour effectuer une visite privée. Ainsi Mohamed VI passe à la vitesse supérieure. Depuis l’année dernière une nouvelle forme d’action diplomatique, plus offensive et très préventive est adoptée par le roi. Reste aux autres forces du pays de suivre.

      Oui car ce que je n’ai jamais compris c’est ce silence observé depuis 39  ans du côté des partis politiques, des médias et des intellectuels marocains. Jusqu’au début du mois d’avril en cours, on ne savait rien des positions officielles de toutes ses composantes. La question du sahara est restée tout ce temps une affaire d’Etat. C’est toujours les rois qui en parlaient dans leur discours officiels à l’occasion des fêtes nationales. Aucun chef ou membre de partis politique, de droite ou de gauche, n’a osé faire une déclaration ou exprimer une position. Un seul homme, plein de courage et de vision, feu Abderrahim BOU’ABID, avait osé conseiller à feu Hassan II de refuser le recours au référendum, qui lui a été soufflé par les amis du Maroc. Et point c’est tout. Depuis cet incident, la question du Sahara est restée une affaire d’Etat, presque aussi sacré qu’un sujet de religion. Ensuite commençait à prendre place à travers les médias officiels marocains un professeur en relations internationales. Il s’agit encore de M. Tajeddine HOUSSAINI, le seul expert que toutes les tribunes sollicitaient et sollicitent toujours pour rassurer le peuple de la légalité de la revendication marocaine et de la justesse de la démarche diplomatique du royaume. Un autre homme, un journaliste cette fois s’invitait lui-même sur sa propre tribune ‘La Nouvelle Tribune » ou sur un autre quotidien ou un JT national pour dénoncer les provocations répétées et systématiques des médias algériens à l’encontre du Maroc. Vous auriez reconnu ce journaliste, il s’agit de Fahd YA’TA.

     Mais voilà que depuis moins d’une semaine nous avons été surpris par des sorties médiatiques d’au moins quatre personnalités marocaines qui, pour une raison ou pour une autre, ont choisi d’alimenter un débat nouveau, sur la question du Sahara marocain. Chacun à sa façon, chacun avec les informations dont il dispose, trois hommes et une femme sont brusquement sortis de leur mutisme pour  nous révéler ce qu’ils nous avaient caché depuis que le  conflit  algéro-marocain  existe.

     La sortie médiatique la plus spectaculaire est celle de M. Tajeddine EL HOUSSAINI. Il était en début de semaine, l’invité de l’Ecole Mohamadia des ingénieurs. Son discours a complètement changé. L’expert en relations internationales ne croit plus à une diplomatie officielle. Il revendique une stratégie plus élargie et plus intelligente. « Le Maroc, dit-il, ne doit pas être l’objet de la diplomatie internationale mais un parti à part entière. » Ensuite le professeur évoque quelques erreurs commises du côté du Maroc. T. EL HOUSSAINI pense que le Maroc n’a jamais totalement achevé son indépendance territoriale. La France lui avait confisqué des lots de terrains très riches en ressources naturelles, le long de ses frontières avec l’Algérie. Pire, confirme l’expert, le Maroc ne devait pas trop s’attacher culturellement avec l’ex-colonisateur ; la langue française nous a beaucoup handicapés dans nos relations internationales et notamment pour bien défendre notre cause. Le professeur ne s’est pas arrêté là. Il pense aussi que notre conflit a d’abord été avec l’Espagne pour qui la Haye n’avait pas émis une décision mais seulement un avis consultatif et par conséquent la marocanité du Sahara n’a pas été tranchée. Selon Houssaini, le tribunal international est revenu par la suite pour dire que le fait qu’il y eut des liens d’allégeance entre les sultans du Maroc et les habitants du Sahara n’implique pas que ce territoire appartenait au Royaume. Dans sa thèse, le tribunal a considéré le facteur ‘’terre’’ mais a ignoré l’élément ‘’liens’’ qui pour les Musulmans est décisif dans la construction d’Etat. Pour ce qui est des défis qui attendent le Maroc, T. EL HOUSSAINI  a d’abord appelé le Maroc a ne doit pas éternellement compter sur les USA. Ceux-ci   ont trouvé d’autres partenaires dont l’Algérie voisine à qui ils peuvent vendre également des armes et faire d’une pierre deux coups comme on dit ; tirer de l’argent et maintenir l’équilibre des forces dans la région. « Ce sont les intérêts qui font la politique internationale des Etats Unis et pas les vertus. » a-t-il rappelé. Le deuxième grand défit est relatif à la question des droits de l’homme. Là aussi le professeur appelle le Maroc à mieux traiter cette question et à bien considérer les rapports relatifs aux droits de l’homme que publient régulièrement les ONGs. Le conférencier à toutefois salué les autorités chérifiennes pour leur engagement sur la voix de la réconciliation au niveau national et sa détermination à coopérer avec les pays du Sahel pour une bonne maîtrise de la paix dans cette région. Enfin le professeur à tenu à terminer son discours avec une note optimiste en rappelant que le Maroc a tous les atouts pour gagner sa cause ; la coopération sud/sud, ses bonnes relations avec l’Europe, les USA, les pays du Golf et un grand nombre de pays africains, ses ressortissants très respectés à l’étranger, ses partis politiques, l’action parlementaire, la société civile, les manifestations sportives organisées à domicile. Une vraie démocratie nourrie d’une diplomatie au pluriel ne peuvent qu’embellir notre image et permettre au Maroc d’assurer la paix et le développement dans la région.

       Les trois autres sorties médiatiques ont eu lieu le même jour, , lors d’une réunion du  barreau des avocats, vendredi dernier. Les trois héros ne sont autres que le très populaire Saad Eddine EL OUTHMANI du PJD, le parti au pouvoir, le docteur Hasna ABOUZAID, du parti de l’USFP et M. Abderrahim BEN BOU’IDA,  professeur de sciences politiques à l’université Cadi AYAD de Marrakech.

       Ce dernier a déclaré qu’il était impossible de parler d’une participation positive de la société civile dans la résolution du conflit au Sahara.  Car celle-ci n’a pas les moyens requis. Très critique vis-à-vis de la manière avec laquelle le Maroc a toujours traité la question, ce professeur recommande aux autorités du pays de  faire confiance aux habitant du Sahara, d’accepter le dispositif de surveillance des droits de l’homme dans les régions du sud, de s’adresser directement aux séparatistes de Tindouf et de mettre  en place un vrai débat national autour de la question, un débat où il n’y aurait pas de lignes rouges. « Ce n’est que ainsi que le royaume pourra éviter les contradictions qui l’ont conduit à commettre des erreurs graves.

        Quant à Hasna ABOUZAID, la parlementaire socialiste, elle considère que l’une des grandes erreurs commises par le Maroc est ce double langage officiel, un discours du ministère des affaires étrangères qui n’a convaincu ni nos amis ni nos ennemis et un discours adressés à l’opinion nationale. Selon l’intervenante, le conflit du Sahara est géré par des instances internationales. Le Maroc doit, de ce fait, se plier aux exigences du droit international en vigueur. On  ne doit pas craindre les contenus des rapports sur les droits de l’homme à condition de faire des efforts dans le sens d’améliorer la relation Etat-citoyens. Le Maroc doit éviter les sentiments et compter sur le front interne qui est unanime sur la marocanité des régions du sud, qui elles, ne devraient plus être considérées  zones disciplinaires pour punir les fonctionnaires de l’Etat.

      De sa part, M. ELOUTHMANI a affirmé que la MINURSO ne s’occupera pas des droits de l’homme dans nos régions du sud. La confrontation de deux dispositifs de contrôle porterait atteinte à notre souveraineté. Il a par ailleurs ajouté que l’appel à l’élargissement de la mission de cette instance onusienne pour comprendre les droits de l’homme n’est pas une revendication internationale. C’est un demande du Polisario. Or la région a besoin de forces capables de contourner les dangers qui la guettent. Et le Maroc a un grand rôle à jouer à ce niveau. L’ex-ministre des affaires étrangères du royaume a insisté surtout sur les exactions que connaissent les camps des réfugiés à Tindouf.  En connaisseur du dossier de par le poste qu’il a occupé durant une année  à la tête de la diplomatie marocaine, EL OUTHMANI n’a pas manqué toutefois de rappeler que le Maroc n’est pas contre le respect des droits de l’homme mais c’est le dispositif qui pose problème.

        Voilà ce que les intellectuels et les représentants de partis politiques   ont partagé avec le public présent aux deux rencontres. Les révélations de M. Tajeddine EL OUSSAINI sont capitales. L’interventions de la parlementaire et celle du professeur en sciences politiques  ne convergent pas avec celle de l’ex-diplomate et membre du PJD. Ce n’est pas grave, le débat n’est qu’à ses débuts. Il mérite cependant plus d’ouverture, de mobilisation  et plus de participation.

[1] Les deux fêtes religieuses les plus sacrées pour les musulmans. La première coïncide avec la rupture du jeun du mois du Ramadan et la seconde avec le sacrifice du mouton.

image: live2times.com

Journalisme excentrique ou le dérapage d’une mission noble.

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     Il est venu un temps, dans notre pays, où les critiques vont bon gré mal gré. Les chefs de partis politiques, les fonctionnaires d’administrations publiques, les journalistes et les ignorants, tout le monde critique à tort et à travers. Allah semble avoir défait les nœuds des langues des Marocains et aussi celles des étrangers. Le résultat : une avalanche de critiques qui affluent de partout. Mais c’est le gouvernement actuel et les ministres du PJD qui  en ont essuyé le plus gros lot, souvent à tort.

       Le problème avec les critiques de certains journalistes – pour ne considérer que celles qui parviennent au plus grand public – est qu’elles émanent de personnes dont on ne connaît  pas exactement l’identité. Sont-ils marocains, autres choses ou rien? Quand-ils parlent, on s’attend à une seule chose : on est écœuré. Leurs propos si elles ne vous désolent pas elles vous foutent la nausée. Perplexes, les lecteurs de leurs  articles et aussi les auditeurs de certaines radios se demandent à QUI et au nom de qui parlent ces journalistes ?  Pour se rendre compte de leur impopularité ces journalistes n’ont qu’à parler en arabe, en amazigh ou même en dialecte marocain. Ils réaliseront à quel point ils blessent l’amour propre de beaucoup de Marocains.

     Je demande à ces médias – auxquels j’essaie de m’identifier, en vain – d’avoir le courage, celui-là même qu’ils demandent aux autres, de s’adresser aux Marocains dans les langues qu’ils parlent et qu’au lieu de les abrutir, choisissent de faire le bon travail journalistique qu’on attend d’eux ; ouvrir les vrais dossiers de corruption qui entravent le développement de notre pays et ronge le confort de sa société.  Car ce qu’on remarque chez ces journalistes c’est qu’au lieu de se pencher sur  les vraies préoccupations des citoyens marocains ils préfèrent les divertir.

     Le dernier exemple de divertissement en date est cette trop douteuse médiatisation de l’incident du parlement lors de la dernière session d’ouverture. Pour rappel, le ministre Lahbib CHOUBANI avait sommé une journaliste, Khadija RAHALI, de quitter l’enceinte de l’hémicycle pour atteinte à la pudeur. Cette dernière s’était présentée sur les lieux pour accomplir son travail mais avec tenue vestimentaire qu’on a jugée inconvenable pour la circonstance. L’incident ne mérite donc  pas plus que d’être diffusé, car il est du droit journaliste de faire son travail et celui du citoyen d’être informé. Mais d’en faire une critique sévère à l’encontre d’un ministre, il y a lieu de dérapage.

     La critique en question est celle de Driss JAIDANE, qu’on suit d’ailleurs sur radio Luxe, une radio dont on connaît « l’amour et l’attachement » aux valeurs et traditions du pays. Ce journaliste a écrit un article sur le site http://www.yabiladi.com/ où il est très dur envers le ministre chargé des relations avec le Parlement et par ricochet  envers beaucoup de Marocains.

     Dans un article plus que sulfureux, le journaliste JAIDANE n’a pas seulement critiqué le geste d’un ministre, un responsable politique élu par une grande majorité des électeurs marocains, JAIDANE est allé jusqu’à remettre en question la personnalité de CHOUBANI. Le journaliste a fait usage de propos et d’accusations de toutes les couleurs. Ainsi il a qualifié le responsable politique d’un ministre [usant  d’un étrange argument, …. de la plus pure hypocrisie,…] un ministre qui fait partie de ces [ faux vertueux, qui s’érigent en statues de réprobation, … Et ce, pour donner libre cours à un petit terrorisme de petit théologiens qui fait que quiconque possédant un semblant d’éloquence, peut, aujourd’hui, sur une terre d’Islam et d’érudition comme la nôtre, se prendre pour un grand prédicateur et infliger des sermons truffés d’idioties prononcées doctement par ces mêmes incultes, à d’autres, qui pour d’autres raisons, ne le sont pas moins.]

     Des propos qui, on le voit bien, s’attaque à la personne du ministre plutôt que de défendre qui que se soit. On s’attendait à ce que le journaliste puisse donner des arguments solides, des raisons, des contrefaits, des exemples enfin quelque chose de juridique, de théologique qui justifieraient le choix vestimentaire de la jeune journaliste. L’auteur de l’article est passé tout à côté. Son article avait été écrit pour d’autres raisons que de défendre une cause.

     On veut dès lors savoir ce que  JAIDANE  a fait, dit ou écrit quand il a appris que Samira SIATIL, directrice de l’information à 2M, à sévèrement critiqué et même humilié la présentatrice des infos en langue française, Mme TALIBI  pour s’être présentée au plateau avec une tenue qualifiée d’inappropriée?

     Si notre journaliste n’a pas commenté l’incident de 2M, peut-il nous dire pourquoi il gardé le silence. Si au contraire il croit  que le geste de SITAIL envers la présentatrice est légitime, quel argument peut-il avancer ? Sinon croit-t-il que  La maison 2M est plus sacrée que le parlement ? Pense-t-il qu’Un fonctionnaire de l’Etat a plus de pouvoir qu’un ministre ?

     Le rôle premier d’un bon journaliste est d’élever les esprits, de pousser plus loin la réflexion, de dire la vérité sur les faits et non pas sur les personnes. Le public a besoin de tout savoir sur la politique du pays, son économie, sa culture, ses besoins, ses avancées, ses attentes, ses revendications, ses capacités, ses contradictions, ces hommes et ses femmes, ses amis et ses ennemis, … etc. Le divertissement de type information insolite, anecdote et autres affaires personnelles et intimes n’ont jamais donné du bon journalisme.

Image: webambulant.blogspot.com

Que pouvons-nous espérer du sommet à KOWEÏT?

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          Le Koweït s’apprête à abriter le nième sommet des pays arabes sur fond de conflits, de crises et de redistribution de cartes dont l’issue est imprévisible. Si on y prend de bonnes décisions le Monde entier s’en réjouira. Les pays arabes doivent saisir l’occasion de faire entendre leur voix. Dans un environnement politique et économique malade, le Monde a besoin d’un sauveur. La force de frappe de l’occident et sa prétendue démocratie ont montré leur limite. L’Occident n’a jamais été aussi faible et déboussolé qu’il ne l’est depuis le début de la crise économique en 2008. Certes les médias les plus puissants ne parlent pas de cette réalité, ils préfèrent la désinformation. Facebook et autres passe-temps retardent le réveil et la prise de conscience des peuples. Les observateurs, eux,  savent que les pays de l’occident ne voient plus comment sortir de l’impasse, car c’en est vraiment une. Les gouverneurs dans ces pays n’ont plus les moyens ni les idées de faire face à la CRISE et les citoyens dans ces pays ne croient plus à une relève, ne font plus confiance à LA DÉMOCRATIE.

          Par ailleurs, l’argent qu’ont les Arabe s’il ne fera pas leur bonheur il leur donnera sûrement  la force. Les Arabes ont l’argent mais ils manquent de vision. L’occasion leur est donnée aujourd’hui de se reprendre et d’oublier qu’ils ont été un jour esclaves d’une hégémonie américaine et européenne. Aujourd’hui ni l’Europe ni les USA ni même POUTINE ne peuvent imposer quoi que se soit aux reste du Monde. La pression et le dictat que pratiquaient les grandes puissances vis-à-vis de nos gouverneurs s’affaiblissent de plus en plus. Les Arabes ont aujourd’hui l’opportunité de se dresser  non en maître du reste du monde mais en un bloc qui se fait respecter. Et pour ce faire, les Arabes ne devront pas compter sur leurs armes. Car ils n’en auront pas besoin. Il n’y aura pas de guerres entre Nations. C’est fini. Il y aura CEPENDANT des conflits militaires dans les pays faibles à cause du  manque d’idée chez les décideurs et la suprématie des intérêts personnels. Une autre cause peut engendrer des guerres civiles, c’est la mauvaise gestion de la question des identités multiples. Les Arabes devront rectifier le tire, choisir la politique des blocs économiques, où chaque pays assure à son peuple le minimum de dignité. Contrairement aux idées reçues, il n’y a aucun pays arabe pauvre.  Chaque pays a les moyens de se suffire à ses besoins.

          Il n’y a, à mon sens, que deux vraies puissances ; l’économie et la culture. L’économie reste toutefois vulnérable. La culture est indéfectible, résistante.  Les peuples dans les pays dits ARABES ont un avantage que les autres nations n’ont pas ; Nous avons l’argent et la culture. C’est cette dernière forme de puissance qui fait la force du monde  arabe. Prenons un exemple : nous sommes une OUMMA (nation) prédisposée à se contenter du peu. Nous avons un comportement dont le nom en arabe n’a pas d’équivalent dans les autres langues, à ce que je sache, c’est le mot « ASSABR ». La charge sémantique de ce substantif  est telle que pour pouvoir  l’expliquer à un Français par exemple, il faut lui lire un dictionnaire. En effet, le mot « ASSABR » est à la fois un comportement, une position, une politique, une intelligence, un espoir, une pression, une retenue, une patience, une sobriété, une force, un pouvoir, une faiblesse, un manque, une qualité, une sagesse, un choix, une résignation, un recul, une stratégie, une solution, une condition, un enseignement, … etc. En somme, c’est tout ce qui fait d’une personne un bon exemple d’humanisme.

          Maintenant, quand on a à gouverner un peuple qui a toutes ces qualités, la gestion de la chose publique, c’est-à-dire la politique, ne devient qu’une question de choix; c’est soit adopter ces mêmes qualités ou rester EGOÏSTE.  Nous attendons que le sommet prochain au Koweït fasse le bon choix, le premier. A bon entendeur !

Le sang a coulé à la Place Maïdane comme il a coulé à la Place Rab’a.

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      Le monde entier et nous les Maghrébins avec, avons suivi avec désolation et amertume, les événements dramatiques de la place MAÏDANE dans la capitale Ukrainienne. Durant deux semaines, des images nous arrivaient en direct de la Place de l’indépendance et nous faisaient craindre le pire. Nous attendions du gouvernement ukrainien qu’il fasse preuve de clairvoyance et de retenue. Surtout nous priions  DIEU pour  que le président Ianoukovitch  donnât une leçon de sagesse démocratique aux pharaons d’Egypte qui eux, tirèrent sur leurs frères comme ils auraient tiré sur des mouches. Ignorant les appels des diplomates européens, les autorités ukrainiennes avaient finalement fait le même choix des militaires putschistes en Egypte. L’ordre a été donné aux policiers ukrainiens de chasser et de descendre un à un leurs frères et compatriotes. Ils tiraient sur tout ce qui bougeait. On n’épargnait ni les secouristes, ni les blessés ni les mourants. Les images qui nous parvenaient nous montraient un véritable champ de bataille. En quelques heures seulement, la place Maïdane devint méconnaissable. A travers des écrans de fumées denses on apercevait à peine des blessés en difficulté, des corps gisant sur le sol gelé et des femmes ahuries qui pleuraient les morts. De temps en temps un soldat,  affolé par l’ampleur du carnage dont il était le co-auteur, se retirait discrètement et totalement inaperçu par les quelques manifestants encore en vie.

Tuerie à Rab'a

          Le rapprochement entre ces deux places, Maïdane et Rabaa, aujourd’hui symboles de la lutte pour l’émancipation politique  et la légalité constitutionnelle, pourrait étonner certains. Mais à regarder de plus près, on constatera que beaucoup de points de ressemblance rapprochent en effet ces deux endroits où a coulé le sang des victimes de la répression et de la tyrannie. Sur ces champs d’honneur, en effet, sont tombés des Hommes à la fois innocents et courageux pour que puissent s’entendre  très fort et très loin la voix de la liberté et de la légalité. Témoins d’une violence policière et militaire que l’on croyait révolus pour de bon au moins en Europe, ces deux places, en Terre des Hommes, récupérèrent le sang des braves et promirent d’en faire vivre, en citoyens libres et heureux, des générations d’hommes, de femmes et d’enfants.

      A Maidane comme à Rabaa, des centaines de vies ont été perdues pour  que vivent en véritables tyrans des groupuscules d’égoïstes et de hors la loi. Ivres de pouvoir absolu et croyant vivre éternellement, les ennemis de la démocratie assassinèrent de sang froid et sans aucun scrupules des hommes, des femmes et des enfants pour avoir refusé la corruption et dit non au coup d’état militaire. Assoiffés de sang et de pouvoir, un gouvernement civil en Ukraine et un autre, militaire, en Egypte, exécutèrent en direct et devant des milliers de télespectateurs des centaines de frères, de sœurs et d’amis. Croyant pouvoir taire la voix du HAQ[1], ils n’hésitèrent pas un instant à  faire  montre d’une sauvagerie extraordinaire.

        Particulièrement meurtrières, les journées du 14 août 2013 à Rabaa, au Caire et celle du du 20 février 2014 à Maïdane à Kiev, rappelleront à l’humanité entière et à tout jamais, le courage exceptionnel et la foi indéfectible d’hommes et de femmes ayant choisi la mort plutôt que de subir l’esclavage. Sans armes, ils affrontèrent des soldats, policiers et snipers armés jusqu’aux dents et beaucoup plus nombreux. Certes les forces du mal et d’ELHAGRA[2] ont gagné le combat, disproportionné, mais ils ont perdu la cause. Ils voudront  laver le sang qu’ils ont sur les mains mais ils  ne le pourront jamais. Ils essaieront d’avancer le prétexte de l’ordre des chefs, ils n’auront aucune excuse. L’histoire retiendra les épitaphes des martyrs et oubliera les noms de leurs assassins.

        Aujourd’hui, la place Maïdane pleure ses 75 morts et fait écho au massacre de plus de 2200 martyrs sur la place Rabaa.  La liste des victimes risque toutefois de s’allonger ça et là, car les affrontements continuent dans les deux pays. A part la Chaîne Al Jazeera, aucune autre chaîneTV ne montre ce qui se passe en Egypte. Chaque jour il y a des morts et des blessés. Les médias cependant s’activent  quand il s’agit de déclarations ou de déplacements des autorités aux pouvoir. On a vu l’enchantement de certaines radios et télévisions lors de la visite de SISSI en Russie. On a vu aussi comment il a été reçu et la raison pour laquelle il a fait le déplacement. Une certaine radio internationale avait même attribué au général un ministre. A-t-on jamais vu un général d’armée qui a un ministre ? Peut importe si le général était allé en Russie pour acheter des armes ou des idées. L’histoire retiendra que les responsables russes ont reçu en grandes pompes un hors la loi. Quant aux gouvernements et médias arabes et musulmans c’est le silence radio total. Ni vu, ni connu. C’est vrai qu’on n’aime pas ce qui se passe là-bas, qu’on a pas peur pour soi mais on prie tout de même pour que ça finisse le plutôt possible. Par ailleurs, des images arrivent toujours depuis l’Ukraine. La tension monte avec les contre-manifestations  pro-Ianoukovitch, en Crimée. Le train de la diplomatie occidentale s’ébranle et peut être qu’on sera amené à régler des comptes anciens avec la Russie de Poutine. L’essentiel pour l’heure est  qu’on na  pas oublié les  Ukrainiens pour de bon.


[1]  L’un de ces mots du Saint Coran qui n’a pas d’équivalent dans les autres langues.  Il peut toutefois être traduit pat « droit », « raison », « justesse », ..etc.
[2]  Mot du dialecte arabe maghrébin et d’origine arabe classique. Il signifie ce que fait endurer le plus fort au plus faible.

Le carnet d’adresses d’un journaliste, est-il si indispensable?

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          Comme pour tout métier, le journalisme a ses outils et le journaliste ne peut se passer de certains réflexes. Parmi ces réflexes, il y a la curiosité, la prise de notes, l’immortalisation des moments, la chasse à l’information, le désire de savoir, … etc. Quant aux outils, viennent en premier lieu, les appareils d’enregistrement (images, son, …) et le carnet d’adresses. Toutes les écoles et instituts de journalisme recommandent à leurs étudiants le carnet d’adresses. Les formateurs[1] vous diront : «  Le journaliste c’est son carnet d’adresses. » ou  « Un journaliste sans carnet d’adresses n’est rien» ou encore « la première chose que tu dois faire en rencontrant une personnalité, c’est de lui demander sa carte de visite.» 

           Longtemps je me suis demandé, en tant que stagiaire-journaliste, si je devais faire cette demande à une personnalité, si cette demande était plus importante que l’information qu’attendaient mes clients. Je me suis également interrogé sur la pertinence d’une  telle demande et du coup sur l’utilité et l’importance mêmes d’un tel document. Le carnet d’adresse est-il si indispensable que cela?

        Le problème est qu’il n’est pas toujours facile d’aborder une personnalité quelconque. D’abord  faudrait-il que tu sois en présence de cette personnalité, que tu puisses l’aborder, que tu lui fasses la demande, qu’elle ait de temps de t’écouter, et enfin qu’elle décide ou non de te donner sa carte de visite.  Mais si le sollicité refusait de te passer sa carte de visite? Si elle te demandait pourquoi faire ? Là tu ne n’es plus le journaliste qui pose des questions mais  le curieux qui fourre son nez n’importe où, tu deviens l’indiscret qui incommodes  les gens et du coup tu es dans une situation ridicule.

           Mais supposons que tout s’est bien passé, que la personnalité ait bien voulu te t’accorder son temps et ses coordonnées, il y a d’autres questions que tu dois te poser : est-ce que récolter des adresses et des numéros de téléphones est le véritable objectif d’un journaliste ? Quel usage doit-on faire de ces coordonnées, à l’immédiat ou à plus long terme ?  Comment utiliser ces numéros de téléphones, ces adresses de domicile ou de lieu de travail? Quelle chance a un journaliste de recevoir une information capitale en appelant par téléphone une source d’information présumée ? Pourquoi enfin continue-t-on de parler de carnet d’adresses alors que toutes les informations -ou presque – sont disponibles sur Internet ou sur le lieu de l’événement?

           Ce sont autant de réflexions que je fais sur l’utilité du carnet d’adresses. Avant de  les partager  avec vous, j’aimerais commencer par répondre à cette autre interrogation:  C’est quoi un carnet d’adresses ? C’est juste un répertoire, numérisé ou en papier, chargé de noms, de numéros de téléphone et d’adresses postales ou électroniques , appartenant à des personnes ou des personnalités pouvant ou non communiquer des informations utiles.  Dans un carnet d’adresses, les « personnes-ressources » ne sont pas toujours les mêmes; elles appartiennent certes à même secteur, à une même administration, … mais leur nom et numéro de téléphone changent constamment.

        J’en ai vu de ces carnets vieillis, aussi gros qu’une aumônière, bourrés de bouts de papiers jaunis par le temps et mêlés à une mosaïque de cartes de visite. La conséquence est que le journaliste se trouve toujours dépendant d’une même source d’informations. Son travail n’est plus alors possible sans la personne-ressource. Ainsi le journaliste devient esclave de ce qui devait être son outil de travail, le carnet d’adresses. Je me demande aussi si ce n’est pas les autres qui devraient demander aux journalistes leur carte de visite.

       Qu’apprend-on à un futur journaliste quand, durant sa formation, on lui aura mille fois souligné « l’importance » du carnet d’adresse?  Cela dépend de ce qu’on veut et de ce qu’on attend d’un journaliste; on insistant sur le carnet d’adresses on veut former un journaliste qui passe son temps à feuilleter son calepin à la recherche d’une source d’information. On insistant sur le carnet d’adresses, on prédestine  le journaliste à la dépendance et la paresse. Nos journalistes passent leur temps sur les chaises des cafés de la médina. c’est là qu’ils amassent des nouvelles souvent fausse, truquée ou incomplète et dans les pires des cas, inutiles.  Ce qui manque toujours aux journalistes c’est le temps. Ils sont toujours pressés et veulent à tout prix faire vite et pas comme les autres. Ils sont toujours à la recherche d’un scoop et n’ont jamais un temps à consacrer à l’analyse des événements. Inlassablement tributaires de leur carnet d’adresses, les journalistes font toujours appel aux mêmes personnes pour leur faire débiter les mêmes témoignages (experts, consultants, coachs, …). Bourdieu les appelle les « habitués des médias »[2]. Enfin, les journalistes, en travaillant de la sorte, ils portent préjudice à la profession.

          Malheureusement, la situation s’est encore aggravée avec l’avènement des journaux d’information en ligne. J’ai travaillé, en 2014, sur deux sites électroniques. En les ayant observés un bon moment, j’ai pu les comparer pour en analyser les contenus et les méthodes de travail. La différence est flagrante entre le média francophone (Mediapart) et le média marocain (Hespress). Quand au sein du premier journal, les journalistes s’investissent complètement dans leurs travail à la recherche d’information fiables et précieuses, grâce à un travail de terrain et d’investigation intelligente, on trouve qu’à Hespress, le carnet d’adresses semble être le maître mot, la baguette magique des nouveaux diffuseurs d’informations. Souvent, ces gens qui nous « informent » ne sont ni journalistes ni passionnés. Tout ce qu’ils savent faire c’est de recevoir par téléphone une information sûre ou incertaine, rédiger mal quelques trois ou quatre lignes, mettre une photo, et hop, chers lecteurs, le voilà votre article.

          Au Maroc il y a plus de 500 sites d’information en ligne.[3] L’un des plus visités n’est autre que Hespress. Pour moi il s’agit d’un média mais point d’un journal dans le sens qu’on lui prêtait au 19ème  siècle, c’est-à-dire, un journal d’information et de formation. Ici, le journalisme prend d’autres allures. Souvent les « articles » ne sont pas signés. On se contente de mettre le nom du site. Exemples : quelque chose24, quelque chosePress, … etc. Il est aussi très rare d’y trouver une analyse percutante ou un dossier intéressant. Quelques uns se permettent de concocter et de publier des classements de personnalités (femmes ou hommes) sans mentionner les critères et les  procédures de  choix et de traitement des candidatures. Les gestionnaires de ces sites ne se limitent pas à les bourrer de vidéos de tous genres, il en surcharge les pages par des spots de publicité commerciale  très agressifs et des  jeux vidéo à vous donner le vertige. On ne sait plus quoi prendre et quoi laisser. Ainsi, depuis sa chambre, le journaliste des temps modernes, apprend tout, sait tout et publie tout. Une seule chose l’intéresse, remplir son carnet d’adresse et son porte-monnaie !!.


[1] Je tiens à adresser des excuses à tous ceux qui m’ont initié aux pratiques journalistiques et les prie de bien vouloir me passer  ce qu’ils pourraient considérer comme acte d’ingratitude de ma part.

[2]  Sur la télévision, suivi de l’emprise du journalisme, Raison d’agir Editions, 40ème édition, Oct. 2012, page 32)

[3]  De sources officielles. Déclaration audiovisuelle du ministre la communication.

Image: classic.carpassion.com

Exode forcé de 1975, le droit de se souvenir.

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         Sous l’effet du temps, les Marocains victimes de l’expulsion de l’Algérie, survenue en décembre 1975, tendent à oublier progressivement une tranche de leur vie. C’est aussi une partie de l’histoire commune aux deux pays impliqués dans cette affaire laquelle est restée cachée au grand public. Peu d’écrits ont été réalisé sur ce drame. Qui est responsable? Ni le Maroc ni l’Algérie n’ont le droit de taire cette réalité. Aucune raison ni aucun motif ne doivent être avancés pour contraindre au silence aussi bien les  victimes que les historiens . Au contraire plus on parle d’un problème plus la tension autour de ce problème baisse. C’est vrai, le conflit du Sahara est derrière tout cela. Et c’est un conflit qui ne trouvera pas une issue très prochainement sauf par miracle, vues les positions disparates des deux belligérants.

          Il faut que les victimes de ce drame humanitaire se souviennent et parlent de leur souffrance. Ceci n’est possible que grâce à des rencontres, à des visites. L’Algérie refuse toujours de rouvrir les frontières malgré les appels répétés du Maroc.  Cela empêche les familles et amis des deux côtés d’échanger des visites, et de rattacher les liens solides qui unissaient depuis toujours les familles et la amis de part et d’autre des deux frontières. Or trente huit années après le refoulement des Marocains d’Algérie, et depuis la fermeture des frontières en 1994, les rencontres et échanges de visites sont toujours difficiles sinon impossibles. En effet, pour passer d’un pays à l’autre il n’y a que deux moyens ; le premier est légal mais très cher, il faut prendre l’avion. Le second coûte environ trois cents dirhams (somme d’argent à donner au passeur de frontière) mais, ce moyen représente des risques. C’est une vraie aventure qui demande courage et force pour traverser les oueds et autres terrains accidentés qui marquent les points  de frontière entre les deux pays. Or c’est trop demander pour les personnes vulnérables comme les enfants,  les vieux et les malades. Dans de telles conditions,  les échanges de visites entre les familles et les amis ne peuvent facilement avoir lieu. Ainsi L’événement de décembre 1975 tend vers l’oubli. L’affaire des Marocains  expulsés d’Algérie est un sujet comme un autre. Il ne doit être ni trop sacré ni trop banal, ni trop sensible ni trop politisé. Il faut juste le mettre dans un cadre socioéconomique et humain. Le silence (camouflage) autour de cette affaire, a trop duré. Il doit aujourd’hui laisser place aux évocations et aux souvenirs.

       En écrivant ces lignes au sujet de l’exode forcé des Marocains d’Algérie, je me donne l’occasion d’exercer mon droit, celui d’évoquer des moments durs de mon enfance, des moments qui m’ont marqué à jamais et surtout m’ont appris à ne point me fier qu’à mon pays. C’est pour moi une séance de cure et de soulagement. C’est un exercice qui j’espère me libérera de l’emprise de la souffrance, de l’humiliation et du sentiment très fort de la trahison. On n’oublie pas, on s’habitue seulement.

 » Le numérique, un moteur de changement. » L’Intervention de Edwy PLENEL, fondateur de MEDIAPART

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Edwy Plenel au colloque « le numérique, moteur… par inetalain » target= »_blank »>edgarquinetalain</a></i>